‹ Le Maréchal Bugeaud: d'après sa correspondance intime et des documents inédits, 1784-1849Chapitre 153 sur 206 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

ils discutent avec les ouvriers un projet de loi qui sera soumis à TAssemblée nationale. Ah! il fallait le faire avant do répandre la doctrine dans les ateliers.

Tout ce qu'on a pu trouver jusqu'ici, c'est d'ouvrir un atelier de terrassement. Mais les tisseurs, les brodeurs, les ouvriers en quincaillerie, en bijouterie, en ébénisterie, etc., iront-ils remuer de la terre lorsque leurs mains et leurs reins n'ont aucune habitude de ce travail? C'est du travail dans leur métier qu'il faudrait leur donner, et comment concevoir qu'un gouvernement le puisse ! Où prendrait-il les sommes énormes qu'il faudrait? Et si, par impossible, il les trouvait, comment dirigerait-il des travaux si divers? Où écoulerait-il les produits, car il ne se chargerait de cette immense tâche que lorsque rien ne se vendrait? Si la rente allait, on n'aurait pas besoin du Gouvernement ; les fabricants feraient travailler, les capitalistes apporteraient leur argent.

Il n'y a, mon cher ami, que le peuple qui puisse faire travailler le peuple! Le tailleur fait travailler le cordonnier, et réciproquement dans tous les métiers. Le Gouvernement n'y peut ri^'u directement. Indirectement, il peut favoriser le travail par de bonnes lois de douanes, par de bons traités de commerce, par la multiplication et l'amélioration des voies de communication, par le maintien de la paix à l'extérieur, par l'ordre et le maintien des lois à l'intérieur.

Ces deux dernières conditions sont bien plus nécessaires à ce qu'on appelle le peuple qu'aux riches. Le riche peut attendre le rétablissement de Tordre; sa fortune sera un peu éhréchée, mais il mangera, il se vôlira. Le peuple, au contraire, est immédiatement atteint dans son existence môme par le désordre; il n'a pas le temps d'attendre, lui, car il vit au jour le jour de son travail. Si vous connaissez M. Louis Blanc, dites-lui cela de ma part!

Vous avez là, mon cher ami, des textes que votre plume saurait très bien développer si vous vouliez vous en mêler. Soyez convaincu qu'on ce moment, cela est plus utile et même plus moral que de discuter des questions religieuses ou même la liberté d'enseignement. Le plus pressé est de faire comprendre aux travailleurs de nos grandes villes qu'il n*y a rien de plus impossible à résoudre, et partant rien de plus absurde que les questions qu'on a posées sur Torganisation du travail et sur l'association des travailleurs.

Est-ce que nous ne sommes pas tous associés de fait? Estce que les intérêts du travailleur ne sont pas intimement liés avec ceux du chef de fabrique? Si celui-ci ne gagne pas, peutil continuer à faire travailler? Et s*il ferme sa fabrique, par suite des exigences des travailleurs, ceux-ci n'ont-ils pas lue la poule aux œufs d'or? On peut môme laisser la fabrique aux travailleurs associés; ils n'en seront pas plus avancés; les capitaux leur manqueront, ainsi que l'intelligence et Tunité de direction. Il leur faudra nommer un conseil d'administration payé en raison de sa capacité supérieure à celle des autres ouvriers, et il absorbera sur les produits plus que ne gagnait le chef de fabrique.

Les simples ouvriers partagent les chances de perte parles banqueroutes, par l'avilissement des prix, par les accidents de toute nature. Il leur faudra attendre le bout de Tannée, Tapurcment des comptes pour savoir s'il y a des bénéfices. Mais pour attendre ainsi, il faut avoir des avances, et la plupart des ouvriers n'en ont pas do sufflsantes. On dira qu^il leur sera donné des à-compte pour qu'ils puissent attendre la liquidation à la fin de l'année; mais si, au lieu de bénéfices, il y a des pertes, comme il arrive souvent aux fabricants, il faudra rapporter à la masse les à-compte reçus; le pourrat-on? Et si on ne le peut pas, que devient l'entreprise? Elle

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