CHAPITRE VIII
est morte. Les associés se disperseront d*eux-inèmes et iront demander avec empressement des salaires positifs à un chef de fabrique qui se chargera de fournir le capital, les instruments de travail et qui endossera toutes les chances de perte.
Mon ami, c'est le temps, la force des choses, ou Dieu luimôme, comme vous diriez, qui ont organisé le monde industriel comme il est. Est-ce que nos savants écrivains ont la prétention d'être plus habiles que Dieu? Ils le croient probablement puisqu'ils veulent réformer ce que les siècles ont fondé.
Sans doute, tout n'est pas bien en ce monde. Il y a des heureux et des malheureux, beaucoup de travailleurs et quelques oisifs; des hommes s'enrichissent par le travail, et le plus grand nombre reste pauvre. C'est fâcheux, sans doute, mais c'est ainsi que ce triste monde est organisé, et tous les efforts que feront les humains pour changer cet ordre de choses n'aboutira qu'à empirer le mal : tout ce qu'on peut faire humainement, c'est d'y apporter quelques palliatifs par les institutions et par la charité.
Quand la disette de travail ne tient pas à une cause générale, quand ce n'est .qu'une ville ou deux qui sont en souffrance, le Gouvernement peut leur apporter quelque soulagement, et alors il le doit. Mais il ne faut pas établir en principe que le Gouvernement doit le travail au peuple; car, s'il arrive une grande crise, le Gouvernement est impuissant pour y faire face, et le peuple, à qui l'on a garanti du travail, dit que son gouvernement est parjure et qu'il faut le renverser Je ne tarirais pas sur cette question et sur bien d'autres qui s'y rattachent; mais en voilà assez; à bon entendeur, salut.
Oui, mon cher ami. Dieu seul est grand et stable, je le reconnais comme vous. Que n'ai-je votre foi pour me consoler
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de tous les maux de la terre! Peul-ôtrc cela viendra. En
attendant, je me sers do ma raison et de la dose de force
morale que Dieu m'a donnée.
Ma femme et ma sœur ont lu votre lettre. Elles ont été
vivement touchées, pas plus que moi, mais dans un autre
sens. — Adieu, mille amitiés.
Maréchal Bugeaud.
P, S, — Vous me dites que vous ne pouvez me rendre aucun service; vous vous trompez; V Estafette ^ dans son numéro du 3 ou du i, a produit sur mon compte un article infâme, mensonger d'un bout à Tautre. On y répète réternellc accusation d'avoir ordonné des égorgements dans la rue Transnonain. C'est en vain qu'à la iin de 1837, ou au commencement de 1838, j'ai fait insérer une lettre dans le Courrier, pour démentir ce bruit odieux. J'ai dit que je n'étais pa» dans la rue Transnonain et que je ne commandais pas les troupes qui y sont allées. C'est égal, on persiste à me vouer au\ veufreances populaires. Ne pourriez-vous pas faire un article là-dessus et le faire répéter par quelques journaux de votre connaissance?
Dans la journée du Si, je me suis mêlé plusieurs fois avec le peuple en fureur, et j'en ai été écouté avec sympathie. On a crié souvent : Vive le maréchal Bugeaud! et l'on m'a donné des milliers de poignées de main. Un seul homme m'a reproché la rue Transnonain: «Tu en as menti, lui ai-je répondu. — Mais les journaux Tout dit cent fois. — Les journaux ont cent fois menti. Je n'étais pas dans la rue Transnonain, et je ne commandais pas les troupes (|ui y étaient. »
Mon interlocuteur a été interrompu par ses camarades qui ont crié: « Vive le maréchal Bugeaud! » Jai trouvé dans ce peuplt' égaré beaucoup de bons sentiments, et ce n'était pas contre lui que j'étais indigné.