‹ Le Maréchal Bugeaud: d'après sa correspondance intime et des documents inédits, 1784-1849Chapitre 155 sur 206 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

Après les lettres politiques, les épanchements de famille. Voici la première lettre écrite par le maréchal, après la révolution de février, à M"' Feray, avant que celle-ci vint s'établir auprès de son père h la Durantie :

Le maréchal Bugeaud à la comtesse Feray ^ à Alger.

La Durantie, iO mars 1848.

Chère Léonie, les événements de France ont dû te causer un grand étonnemcnt et de vives alarmes pour ton pays et ton père; je n'ai couru aucun danger sérieux, mais la France a failli tomber dans Tanarchie. Si ce cruel résultat de la Révolution n'a pas eu lieu, on le doit, en très grande partie, au courage et à Téloquence de M. de Lamartine, qui a lutté pendant soixante-douze heures contre les communistes qui h> tenaient bloqué à THôtel de Ville. Sa conduite dans cette cruelle et décisive circonstance m'a fait oublier ses fautes politiques, bien qu'elles aient beaucoup contribué à produire la situation dont il s'est rendu maître ! G*est ce qui m'a décidé à offrir mes services dès le â6 au soir, afin de donner mon appui moral à un pouvoir qui, bien qu'improvisé par l'émeute, se montrait immédiatement protecteur des grands intérêts sociaux.

Le môme sentiment a dirigé tous les honnêtes gens, dans la province comme à Paris, et, à de rares exceptions près, Tordre a été maintenu. Le sera-t-il toujours? Nul ne peut Taffirmer, mais aujourd'hui il est permis de l'espérer.

Partis de Paris le 26, à sept heures du soir, nous sommes arrivés à Périgueux le S8, et le S9, de grand matin, nous étions à Excideuil. Nous avons été bientôt entourés par nos amis, heureux de nous revoir; leur accueil a été des plus vifs,

'\M l,K MARÉCHAL BrCEAin.

(Ins plus bienveillants. A Lanouaille. il v avait un degré de plus, les paysans accouraient comme les bourgeois, et tous iiM) disaient : " llcstez désormais avi>c nous, ici voos êtes en si'krol/*, li'i-bas on vous tuerait: enseignez-nous de nouveau à rnlliver nr^s champs, vous serez plus heureux, et nous aussi ! *>

M(;h champs sont fort beaux, mais il fait uu temps détestaldc, (jni nous emp(^che de semer nos grains de mars, et il est lard.

^.h^^c petite, j\'ivais faim de te voir à la Durantie; aujouril lini j'en .'li fiiim et soif. Ah! que je serai heureux de te pos- 't/'dnr avec Ion mari quand le printemps viendra, pour visiter iioH hois et nos champs! Tu me consoleras des amères déceplioiiH de la politique; je te promènerai dans le jardin anglais : je te l'erai déjeuner, par les beaux jours, sur une table en belle pierre hlanch(; que j'ai fait placer au milieu d'un des plim jolJH Ki'oiipes d*arbres; là, nous entendrons le chant de mille oiseaux divers. (Juel contraste, avec les rugissements de rruieule! Nous pfiurrons aussi aller à Linty, nous y prenilioim |f< rf'pas du malin, et nous rentrerons le soir.

<!e< projfts sont bien doux. Mais, hélas! Thomme propo>e et Dieu dispose. Si la guerre éclate, je serai appelé. L*hommc pfiiH'ipiil du (îonvernement provisoire m*écrivait, il y a (|ualie jours : « Si la guerre nous vient, malgré notre modeiiilion, nous vous (enverrons sur le Rhin, et vous donnerons :i(H),noo hommes ! n

Une je plains le duc dWumale et toute la famille! Elle était loin de mériter le sort qu'on lui a fait! Mon cher Feray a dû i lie bien ai'dii^é de ces événements, en général, et de ce qui Ininlic Salvandy. Qu'il se rassure : son beau-frère est en suleh*. it je me llatte que si la guerre est évitée, et que si la Itépublique se consolide par les principes sages qui la dirigent i II I e moment, une amnistie ne se fera pas attendre. On ne

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