‹ Le Maréchal Bugeaud: d'après sa correspondance intime et des documents inédits, 1784-1849Chapitre 156 sur 206 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

voudra pas être moins généreux que ne Ta été la Monarchie

de Juillet!

Adieu, mes chers enfants ; aimez-moi comme je vous aime,

et arrivez-nous vite!

Maréchal Bugkaud.

Aux époques de grandes crises sociales, lorsque la Révolu! ion jette dans les familles le désordre et le trouble, dispersant parents et amis, chacun éprouve le désir d'échanger ses impressions, avec ceux qu'il aime; l'homme devient plus confiant, plus communicatif. — Les deux lettres ci-dessous, écrites à des amis sincères, M. Gardère et M. Roches, indiquent bien la situation d'esprit dans laquelle se trouvait le maréchal, après la catastrophe de Paris, et renferment d'admirables enseignements :

Le Maréchal Bugeaud à M. Gardère,

La Durantie, le 29 mars.

Je ne puis vous dire, mon cher Gardère, à quel point j'ai été heureux de recevoir votre lettre du 26. Je demandais de vos nouvelles à tout le monde et vous étiez parti pour le Havre, dès les premiers signes du cataclysme ; est-il en Angleterre, en Amérique, à Bordeaux? Enfin, vous êtes à Paris, Dieu soit loué! Vos affaires, vu leur nature, sont moins affectées que celles des autres, Dieu soit loué encore ! et en vous disant cela, mes petits intérêts y entrent pour une faible part. Nous sommes ici tranquilles, parce que nos voisins, bourgeois et paysans nous aiment. Je suis même très populaire dans toutes nos campagnes. J'aurais été nommé pour la représentation nationale à une grande majorité; mais j'ai pensé que j'avais soutenu trop chaleureusement la monar-

chie constitutionnelle pour qu*il convînt que j'allasse fonder la république un mois après m'être opposé (je ne dis pas après ravoir combattue) à elle dans la rue! Ma présence aurait inspiré des soupçons aux républicains de la veille, à ceux des rues. J'aurais été plus nuisible qu'utile. Et puis, j'aurais beaucoup souffert des déclamations que j'aurais entendues. J'aurais été un véritable contresens. J'ai donc déclaré dans les journaux du département que je renonçais aux suffrages qui m'étaient offerts de toute part.

A cette occasion j'ai reçu de l'armée des lettres fort touchantes.

On veut bien, autour de moi, une république honnête ; mais un seiilimenl qui se généralise tous les jours et au loin dans le Sud et Sud-Ouesl, c'e>l qu'il faut résister à une tyrannie odieuse. Il ne serait pas facile d'établir la terreur ou d'attaquer la propriété ; cr» serait le signal de la guerre civile.

Quant à moi, cher ami, je reprends volontiers ma vie des champs, car j'ai horreur de la vie politique et de certain peuple des villes; plus d'horreur encore pour les intrigants ou les esprits taux qui abusent ce peuple. Quelle démence que cette organisation du travail, le droit au travail, l'association, la destruction de la concurence, etc. Insensés! vous bouleverserez l'industrie et la société; vous ferez peut-ôtre couler des flots de sang, et puis les choses reviendront telles que le temps, les nécessités et Dieu lui-niènii^ les avaient faites.

Mille amitiés, etc.

Le maréchal Bu'jcaud a M, Lcon /toc/tes^ chargé d'affait^s

à Tautjer,

La Du rail lie, 4 mai 1848.

Mon cher Hoches, j'ai reçu avec bonheur votre lettre d'Alger, j'y ai retrouvé votre Ame et votre cunir. J'en ai été

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