CHAPITRE VIII
vivement touché; soyez sûr que je vous rends bien les sentiments que vous avez pour moi. Ma femme veut que je vous dise la même chose pour son compte.
Oui, il s'est passé de bien grands événements depuis notre dernier échange de lettres. Ah ! si ce n'était qu'une république substituée à la monarchie que le Roi n'a pas cru pouvoir ou devoir défendre, j'en prendrais mon parti. J'ai en effet, depuis ma tendre enfance, des mœurs très démocratiques; j'ai toujours vécu dans Tintimité du peuple, soit dans les camps, soit dans les champs, et, dans ces deux situations, je crois lui avoir prouvé mon amour. Mais, mon ami, Tavènement de la démocratie pure a fait surgir une multitude de théories absurdes et dangereuses, de passions mauvaises, qui compromettent singulièrement l'avenir de la République. Tout le monde l'avait adoptée, non point avec transport, du moins avec une résignation mêlée d'espérances. Los grands principes proclamés, d'abord, avaient fait disparaître une partie des craintes et les répugnances qui naissaient naturellement du souvenir de ce que fut la sœur aînée. Mais bientôt la conflance disparut, parce que, sauf la guillotine, on vit reprendre toutes les allures, produire toutes les paroles de 93. Des commissaires, envoyés dans les départements pour les révolutionner et manipuler les élections, ne tardèrent pas à diviser le peuple en deux catégories, les purs ot les impurs, les républicains de la veille et ceux du lendemain. La partie la plus mauvaise du peuple de la rue fut excitée contre la bourgeoisie, contre les riches, et cette tourbe, dans une foule de villes et dans quelques campagnes, s'est livrée à de déplorables violences.
Et moi, n'ai-je pas été menacé du pillage et peut-être de la mort par une commune voisine qu'un mauvais avocat avait fanatisée à force de mensonges! J'ai été sauvé par le
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dévouement bien connu de mes paysans et peut-être aussi parce qu'on m*a su entouré de trente voisins résolus, armés do fu<ils à deux coups. J'avais pour mon compte cinq fusils h deux coups et quatre pistolets. Je me suis souvenu un moment de la dérense de Charles XII à Bender, et j*étais bien résolu à l'imiter.
Enfin, nous respirons un peu. Malgré les manœuvres les plus coupables du parti ultra-républicain, malgré tout le sys- (("^me d'intimidation, les élections sont de nature à nous faire espérer rétablissement d*une République raisonnable; soyez sûr cependant que ce ne sera pas sans de nouvelles luttes. Penser le contraire serait no pas connaître le parti radical.
Los communistes et les socialistes n'ont pas dit non plus leur dernier mot. Ceux-ci ont imagine qu*il était possible d'organiser le travail de manière que tous les ouvriers fussent dans une grande abondance, tout en travaillant beaucoup moins. Leur grand mot est : « Plus (T exploitation de l'homme, » Ainsi, quand vous faites faire un habit ou uno paire de bottes, que vous payez largement, vous exploitez le tailleur et le bottier. Les habiles écrivains-tribuns ont sans doute pensé que les chefs d'atelier faisaient tous des fortunes colossales avec les sueurs de leurs ouvriers et qu'en outre il existait, de par le monde, uno grosse masse de richesses en tout genre, préexistante au travail, dont des aristocrates s'étaient emparés et avaient frustré le peuple. Il faut bien qu'ils pensent ainsi puisqu'ils disent que les richesses sont mal réparties et que la Hévolulion a été faite pour que le partage fût équitable. J'avais cru, jusqu'ici, que les richesses n'étaient créées et réparties que par le travail, dont chacun use selon sa force, son intelligence et son activité. Je m'étais trompé comme un sot que je suis. (Vest Dieu qui donne toutes los richesses comme il a donné la torre, l'eau, l'air et la lumière.