CHAPITRE VIII
République; mais enfin nous Tavons; elle s'annonce infiniment plus honnête que son aînée; les hommes qui sont au pouvoir ont fait et font encore des efforts inouïs pour protéger la société contre les anarchistes : il faut donc les aider sincèrement et activement dans cette œuvre sainte. Si la République tient ce qu'elle promet en ce moment, je Tairaerai bientôt; en attendant, je'la défendrai, s'il le faut, à Textérieur, tant qu'elle sera dans les voies de la liberté et de la fraternité vraies.
Recevez, mon cher monsieur Félix, mes vœux pour vous
et pour votre famille.
Maréchal Bugeaud.
La Révolution suivit son cours normal , et les excès ne lardèrent point c\ succéder aux folies. Nous croyons intéressant de reproduire ici une lettre confidentielle de M. Thiers au maréchal Bugeaud, adressée peu de jours après Tenvahissement de la Chambre par les radicaux du temps (15 mai 1848).
Monsieur Thiers au mm^échal Bugeaud à la Durantie (1).
Paris, 18 mai 1848.
Mon cher Maréchal,
Je vais tâcher d'écrire plus lisiblement. MM. Dezaimon et Dupont ont manifesté pour moi de très mauvaises disposi-
• (1) Cette lettre montre M. Thiers, qui n'était point député, très préoccupe (le ses candidatures multiples à l'Assemblée législative. N'était-ce pas uue sorte de plébiscite que l'ancien ministre rêvait déjà, plébiscite dont la France devait, dix-huit ans plus tard, honorer son patriotisme. Il eût été intéressant toutefois, en 1873, au moment où M. Thiers, chef <le l'État, était traîtreusement excité par les républicains extrêmes contre les conservateurs, de lui rappeler ce qu'il pensait, en 18i8, de ses futurs alliés.
3S0 LK MAHÉCIIAL Rl'GKAUD.
lions. Il no faut donc pas songer à se semr d*eux. En général, il faut beaucoup de courage pour me porter. Je représente le passé qu'on appelle la Réaclion, et on sait que je voudrais dos choses toutes contraires à IVsprit du temps. Aussi veut-on me porter partout^ parce que partout aussi ces gens-là sont en minorité.
On me porte dans la Seine-Inférieure, dans la Seine, dans rOrne, dans la Gironde, sans compter beaucoup d autres lieux où je suis porté moins sérieusement. Or, partout, à côté de quelques partisans courageux qui se mettent en avant, de leur pur mouvement, sans que je les connaisse, il y a les méticuleux qui trouvent inopportun ou dangereux de me porter. Aussi, ne sais-je pas mi^me si je serai élu avec tant de candidatures? J'incline à croire que non. Je n*ai une forte espérance qu'à Paris, et ce sera une lutte épouvantable. Mais la Garde nationale, qui vient de sauver Tordre (cette espèce d'ordre qui nous reste), n'a pas peur des dictateurs et me portera franchement. 11 n'y a à craindre que les fraudes et les quatre-vingt mille pensionnaires de M. Louis Blanc, payés par le Trésor à quarante sous par jour. En somme, je pense et je dirai sur la propriété, sur l'impôt, sur les finances, sur le bon ou le mauvais gouvernement des choses insupportables au temps présent. Si j'avais été, ces j(»urs derniers, dans l'Assemblée, j'aurais voulu que le crime commis envers elle eût «les conséquences, et je serais aussi incommode à mes amis qn'odieux à mes ennemis. Au fond, je doute de mon utilité à l'Assemblée; je n'y vais que par honneur. Je crois qu'il vaut mieux que Ton me laisse mourir dans la retraite, d'où l'on pourrait me tirer s'il y avait quelque chose d'utile à faire. En tous cas. je ne veux pas me rendre ri<li(*ule par trop de candidatures, et je veux supprimer celles qui n'ont aucune chance. Celle de la Dordogne me semblant