‹ Le Maréchal Bugeaud: d'après sa correspondance intime et des documents inédits, 1784-1849Chapitre 160 sur 206 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

du nombre, je crois qu'il faut, mon cher maréchal, épargner vos peines, et en rester là. Je le pense du moins ainsi, MM. Dupont, Dezaimon et autres m'étant tout à fait contraires. Du reste, je vous laisse juge.

Vous n'imaginez pas tout ce que fait de fourberies, de sottises, de doubles menées M. de Lamartine ; c'est lui qui a été cause de tout, ces jours derniers. C'est lui qui a été cause de rirrésolution dos ordres donnés; il n'avait pas voulu l'arrestation de Blanqui demandée par Gaussidière. J'attends toujours et je désire beaucoup l'aveu de votre colère concentrée. Je vous ai écrit lisiblement pour obtenir cet aveu à titre de récompense. Je vous répète que je m'en remets à vous de la candidature de la Dordogne; mais elle me semble pour vous une peine inutile et pour moi une chance invraisemblable.

Tout à vous de cœur.

Signé : A. Tuiers.

Kcrivez-moi toujours chez M. Léon Pillct, rue Neuve-Saint- Georges, il.

En regard de la lettre de M. Thiers, il nous a semblé intéressant de reproduire une lettre que le commandant Trochu, ancien aide de camp du maréchal, adressait à celui qui avait été son chef (1).

(1) L^affeclioa que le maréchal avait vouée à M. Trochu remontait déjà à plusieurs années. Les lettres suivantes le témoignent :

Le maréchal Bugeaud à S. M. le roi LouU-Philippt.

Alger, 3 juin 1816.

Sire,

En même temps que je demande à M. le ministre de la guerre un avancement pour M. le capitaine Trochu, inoo unique aide de camp, confiant dans vos bontés je m'adresse directement k Votre Majesté pour la supplier de m*<u:corder cette faveur. Je la reganlerai comme une récompense personnelle des services que j'ai pu rendre dans cette crise de huit mois que vient de subir TAigerie.

Kt cependant, :Sire, en demandant la grade de chef d'escadron pour M. Trochu,

352 LE MARÉCUAL BUGEAL'D.

Ije commandant Trochu au maréchal Bugeatid.

Tours, 16 mai 1818.

Monsieur le Maréchal,

Depuis la dernière loltre que j*ai eu Thonneur de vous écrire, j'ai été dans Tobligation de faire deux nouveaux voyagos à Paris, pour y hàler la solution des afTaires de mon père et assurer la prompte retraite en Bretagne de toute la portion de ma famille qui est à Lyon, dans la position difRcilo que vous savez. Les graves événements qui viennent d'avoir lieu à l'aris vont avoir du retentissement en province, Lyon

je croi» bien servir l'îîtat. Quand on rencontre des hommes de capacités et de vertus niilit^iin^s hors li^m*, il ne faut pas li's tnnir dans l*umicrc commune. Kn lea Iftisbant vif.'illir dans U>s grades inforieurs, on prive lo pays des grands services qu'ils pourrai(*nt lui rendre dans uno position plus élevée.

Trop d'hommes incapables arrivent au sommet en vieillissant : leur nombre dsns lo cadro de rétatniajor général est etfrayant i>our l'avenir de la patrie ; ils peuvent nous rniuoner plusieurs journées de Waterhio.

Kai>ons iloiic surgir de bonne heure quelques capacit«is bien démontrées. pn;ir que, jounes encore quand elles atteindront au frrade d'officier ^•*néral. elles soiifnt une garantie pour lu sécurité do la France et l'htmneur du drapeau.

M. le capitaiuc Tmcliu r('*p'ind parlait'MiK'iit ii ces vu«>s d'avenir national. S'il n'appart<'n:)it pas à une arme spi^cial**. il n'y .lurait rien de plus simple : il a trois ans de ^'-radc. six ans de ^milth.' ft d'^ di^tinctiim en Afrique. Combien de ca|iitaines d«r cavalerie <'t d'infanti.'ric sont devenus ofiiciers supérieurs, en temps de guerre, avec moins de titres que les siens! Mais dans l'état-majur ce serait une exception, largement motivée il est vrai par les considérations quit j'ai exposées h Votre Majesté.

On n(> doit s'adresser a vous. Sire, que pour lef choses extrmortlinaires 9t d*un ^rand intérêt public ou privé. Je le fais avec confiance, assuré que je suis d'être compris.

Je suis avec un profond respect, etc.

Siffiit' : Markciial duc b'ISLT.

{('ollrctinn il'aiitnffniiihrs tie M. le tnartjuis de 2''l'Ti.i

S. M. le /toi I^iuH-I'hilipjH' Il H mnrrrhnl lUtc tFhl^,

M«>n cher ninréclial. j'ai lu avec un intérêt bien réel li lettre que %'ouk m'aves écrite vu faveur <le Votre ai«b' di» camp. le cnpitaine Trochu. J'en al parlé au miiiisire de la ^'urrre. et je me fais un plaisir île vous dire que j'ai trouvé de ce Coté ]''s nieilltMtres dispositions : vous pouvez Compter aussi sur les miennes et espérer que M. Trochu ne tardi-ra pas :i obif-nir rav:incement que lui mêrit«*nt ses bons si'r>ici s et le t«>nioi<.'nage i(ue vou^ lui ren<lez. Cnn'er. mon cher maréchal, 4 tous mes senlinieuts pour vous. Votre alfectionné

Signé : Louis-l'uiLirpR.

{Collertion d'autographes de M. le marijiiis de /-leex.)

Page 1