‹ Le Maréchal Bugeaud: d'après sa correspondance intime et des documents inédits, 1784-1849Chapitre 162 sur 206 · LES JOURNÉES DE JUIN. ÉLECTIONS PRÉSIDENTIELLES · texte numérisé non relu

LES JOURNÉES DE JUIN. ÉLECTIONS PRÉSIDENTIELLES

Les journées de juin 1848. — Affaiblissement de la République. — Lettres au colonel Jamin et au colonel Feray. — Le maréchal Bugeaud consulté par le chef de l'Etat, général Cavaignac, sur le choix d'un gouverneur en Algérie. — La Constitution de septembre 1848. — L'approche des élections présidentielles. — Le maréchal Bugeaud candidat à la Présidence. — Lettres à M. Léonce de Lavergne. — Désistement. — Une lettra au commandant Ducrot. — VÈre des CésarSy par Romieu. — Lettre au colonel L'Heureux.

Le déchalnemenl des passions de la rue, joint à rimpopularilé, à la faiblesse el à Tisolement du gouvernement républicain, amena les journées de juin, c'est-à-dire une des insurrections les plus sanglantes el les plus formidables q^ue la France ait eu à suppoiler. En songeant aux torrents de sang qui coulèrent dans les rues de Paris pour permettre aux républicains du National de conserver quelques mois de plus le pouvoir, nous ne pouvons nous empêcher de rappeler les outrages et les calomnies déversés sur le gouvernement du roi Louis-Philippe et sur le maréchal Bugeaud, à la suite de répression d'émeutes, par ces mêmes républicains qui, devenus membres du gouvernement, ne reculèrent devant aucune violence pour garder le pouvoir.

Pendant ces journées de deuil , le maréchal était

A la Diiranlio, ol Dieu rpnr^^iia au vainqueur d'Isly la (loultMir do viM^sor le sauff français. — La lettre suivante (Vrite nu colonel Jamin, ancien aide de camp (lu duc (rVumale, louche incidemment aux graves rxèncuKMils qui venaient de s'accomplir :

/.f* mtinf'rhnf tut rnlnnrl Jnimn^ commandant le 8* régiment

(le lif/ne m Algérie.

La Durantie, 4 juillet 1 848.

Mon rhor colonel,

Vu tlo nios voisins et amis me prie de vous recommander son tils Anioino A..., enrôla volontaire dans votre régiment. J'ivsp^iv qu'il est di^^ne do la recommandation que je vous atlroN^f : dans re cas, vous nrobligcrcz de lui donner les galons i*( d'avoir ru'il sur lui, dans la suite, pour le pousser, s'il II' niôritt'.

Onols i^vt^nemenlscruols, mon cher colonel ! Votre cœur a t\\\ (Ml (Mm* navn^ autant et plus que le mien, car vous avez \u (II* plus pri'^s (|uc moi cette noble et excellente famille, (|ui uKM'ilail un tout autre sort. Kilo n'avait failli h aucun de s(*s (MiKai^'cnuMits; elle a ^(c vit^timc des ambitions éhontées 1*1 d(*s idi'os so('ialist(vs.

Les d(*ina^'o^ues, les esprits faux ou pervers, se sont empares du pouvoir* dont la porte leur a été ouverte par les ainhilieuv de l'opposition dynastique, qui trouvaient que le iuinisl(''re durait trop.

Sans doute, il a ét('' l'ait des fautes de tactique parlementaire et gouvernementale ; il fallait rcnvoycrle ministère plus tôt (i),

(I) ('i>N i'iiu[ li^iifs du marëi'lial Hiigoaud roiiferintiut, selon nous, dans la li>riiii< la |>IuNcl:iiro et la plus sAisissaïue, i'oxplicaiiun de la stérile et inop- |Mir(uii<> n>vitlii(ina de Février. Que de desasti^es, en effet, eussent été évités hi, au lieu cruu cliaupMui'iit de n^uuwrnement, la France s était horaéeAun

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changer les hommes^ pour satisfaire les ambitieux et faire quelques concessions à ces idées de réforme; mais on a été puni, comme si on avait commis des crimes.

En autres termes, les tempéraments n*avaient fait que retarder la catastrophe, et de même la crise, car on pouvait éviter la chute avec plus de rigueur et de prévoyance.

Les idées socialistes, les excès de la presse, les factieux en permanence ne pouvaient manquer de nous amener une tentative de révolution. C'était écrit, pour moi, depuis longtemps ; aussi ai-je fait tout ce que j*ai pu aux journées de février po'ur qu'on se préparât énergiquement contre l'orage I Le ministère, et peut-être le Roi lui-même, attribuant mes conseils à un but d'intérêt personnel, on croyait que je sollicitais par là le gouvernement de Paris, et Ton m'a fort peu écouté, depuis deux mois. On avait envie de me donner le commandement, mais on n'osait pas braver Duchâtel, qui pensait que Jacqueminot serait humilié, s'il était commandé par un maréchal de France !

changement de ministère! En effet, au printemps de 1847, à Tépoque où le maréchal insistait avec tant d'énergie pour l'adoption par le Gouvernement du systènif de colonisation militaire en Algérie, le ministère Guizot comptait sept années d'existence! — La violence des attaques dirigées contre lui démontrait bien qu'il avait assez vécu; la France, capricieuse et légère, avait soif d'hommes nouveaux. — Pour le bien du pays, pour le salut de la dynastie, le ministère aurait dû évidemment, à cette époque, chercher une occasion honorable d'abandonner le pouvoir. — Le maréchal la lui offrait sur une question fondamentale et vi*aiment patriotique. Malgré son génie d'homme d'Etat, M. Guizot ne comprit pas toute la portée de cette grande question algérienne pour Tavenir de la monarchie : Tinspiration <iu ciel lui manqua.

Quoi changement dans notre histoire si M. Guizot, au lendemain du vote de la Chambre, avait donné sa démission, en même temps que le m.irechal ! Le ministère Tocqueville-Lamoricière aurait été usé en six nî(»is. La voix populaire qui, après la Révolution, désignait spontanément Bugeaud à la Présidence de la République, aurait, à plus forte raison, amené le roi Louis-Philippe, affermi sur son trône constitutionnel, à confier à bref délai au conquérant de l'Algérie la direction des affaires.

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Cependant Jncqucminot était très malade et ne pouvai senir utilement; d*un autre côté, les troupes étaient commandées par un lieutenant général; mais il ne pouvait y avoir densemble.

Les troupes restèrent pendant 70 heures Tarme au bras, en présence dos émeuticrs, qui brisaient les réverbères, brûlaient les corps de garde, coupaient les arbres des Boulevards et des Champs-Elysées, sans qu'on les empochât en aucune manière. En mémo temps, ils accablaient d*outrages la Garde municipale et amollissaient le cœur de la ligne par une foule de propos. » Vous êtes du peuple comme nous, vous 6tcs nos frères; vous ne voudrez pas tirer sur nous qui ne demandons que nos libertés » ; et on leur laissait faire toutes ces harangues h moins de doux pas de distance !

Enfin, on se décida à me donner le commandement, que j*ai pris h 3 heures du matin, le ai. A 7 heures, lorsque toutes mes dispositions étaient prises pour résister énergiquement, lorsque déjà une colonne avait pris rolTensive sur plusieurs points, les nouveaux ministros, Thiers et Barrot, viennent m'apporlor l'ordre du Uni do faire retirer les troupes et de les grouper autour des Tuileries et du jardin. J*ai résisté longtemps à cet ordre funcsle, dont je comprenais toute la portée. Mais il a fallu codera do nouvelles injont*tions. Enfin. au moment solennel, lorsqu'il fallait défendre le château sur lo^iuol plouvaiont les coups do fusil, on m'a ôté le commandement pour le donner au maréchal Gérard. Et le Roi a abdiqué ! Entendant la fusillade du côté du Louvre, jo courais repousser l'attaque , quoicjue ne commandant plus, lorsque j'ai vu toutes les troupes évacuer le Carrousel et s'en aller par toutes les issues. J'ai appris on môme temps que le Roi s'en allait parle jardin. Je n'ai plus eu qu'à lever les mains au ciel et à pémir profondément sur la chute de cette monar-

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