CHAPITRE IX
chie qui avait donné à la France dix-sept ans de paix, de liberté et de progrès en tous genres.
Je ne vous parlerai pas de la marche des choses depuis quatre mois, ni des terribles journées des 23, 24, 25 et . 26 juin. Les journaux vous auront appris tout ce que je pourrais vous en dire. Je crois la République rouge vaincue pour quelque temps, mais les idées socialistes subsistent toujours, et si l'on ne prend pas, contre les fauteurs d'anarchie, des mesures de la plus haute énergie, nous verrons, un peu plus tôt, un peu plus tard, la lutte recommencer.
Adieu, mon cher colonel; je vous estime heureux d'être en Afrique, loin de ces tristes débats entre la civilisation et la barbarie. Les Arabes, que nous appelons barbares, le sont infiniment moins que nous. Rappelez -moi au souvenir de notre brave armée ; je la porte dans mon cœur, j'ai eu bien du regret de l'avoir quittée.
Mille amitiés.
Maréchal duc d'Isly.
Malgré le peu de confiance que lui inspirait le gouvornemeiil républicain, le maréchal, avant tout lionime d'ordre et d'autorilé, avait approuvé sincèremonl Ténergie déployée par le général Cavaignac dans la répression de Témeute.
Le colonel Feray, gendre du maréchal, se trouvant alors à Paris, fut confidentiellement appelé par le Président du pouvoir exécutif, le général Cavaignac, et prié par lui de consulter l'ancien administrateur (le la colonie sur le choix d'un gouverneur général et sur diverses questions relatives à l'Algérie.
La réponse de l'ancien conquérant et organisateur
862 LK MARÉCHAL ruc;eai:ii.
de r Afrique ne se lit pas aliène! re , cl nous croyons inutile de nous appesantir sur Tinléi-èl cl sur la valeur de ce document, sorte de nrn^inoire confidentiel (riine haut*» portée.
Le maréchal Bugeaud à M. le colonel Feray^ n Paris.
La Durantie, le 23 juillet 18(8.
Mon cher Ilenrv,
Avant (1c répondre aux questions que vous m*adressez dans voire lellre du 51, je veux vous dire qu*ayant relu loul à riu'iire celle du i\ juillet, j'ai été plus frappé qu'à la première liM'luiv de ce que vous a dit Cavaignac à mon sujet. II règue dans ses paroles une ardeur de sincérité, de loyauté, de patriotisme qui entraîne la conviction, la foi. J*y ai certainemeat plus de confiance que dans les paroles de Tautre personnage que j\ii toujours jugé moins sincère, moins patriote et très personnel. Peut-être avons-nous été trop sévères dans nos jugements sur lui. Il a du reste des qualités incontestables, et je suis bien aise que sa conduite dans les quatre journées ait mérité l'estime publique. C'est un homme de plus pour défendre la sociétf' et nous n'en avons pas à revendre.
Maintenant, passons à vos questions.
Je crois qu'il faut tâcher de trouver le gouverneur général parmi les maréchaux de camp ayant fait leur carrière en Afrique. Si, cependant, on ne pouvait le trouver là «ivec les qualités nécessaires, il faudrait bien aller aux colonels et aux lieutenants-colonels.
Parmi les maréchaux de camp créés depuis deux ou trois ans, j'avoue que je suis un peu embarrassé.