CHAPITRE IX
tralion et de colonisation, cela pourrait très bien se faire sous la direction centrale, du ministre de la guerre. Mais la question de guerre et de domination des Arabes doit nous faire repousser absolument cette mesure. Pour que les provinces pussent être indépendantes Tune de Tautre sans danger, il faudrait que chacune fût pourvue d'un effectif assez gros pour parer à toutes les éventualités, c'est-à-dire ôlre en mesure non seulement de vaincre les Arabes, mais encore de faire face aux attaques qui pourraient venir du dehors. Il faudrait pour cela une armée de plus de cent mille hommes; c'est impossible, dans l'état actuel des choses, surtout si nous avons la guerre en Europe. Ne pouvant pas entretenir en Algérie un pareil effectif, il faut la centralisation, ce qui permettra, au moyen des bateaux à vapeur, de porter rapidement des forces du centre aux extrémités, des extrémités au centre. Ces mouvements peuvent se faire aussi par terre, quoique plus lents, mais à la condition d'un pouvoir unique pour toute l'Algérie.
Ce qui doit nous dominer dans ce moment-ci, c'est la question de forces ! Car je crains que de longtemps nos fmances et nos embarras d'Europe ne nous permettent pas de nous occuper sérieusement et en grand de la colonisation de l'Algérie! Nous paraissons condamnés à garder stérilement notre conquête. C'est parce que je prévoyais des circonstances de cette nature que je voulais établir aussi rapidement que possible quatre-vingt ou cent mille familles ayant pour chefs les meilleurs sous-officiers et soldats!
Je me prononce positivement contre l'indépendance des trois provinces.
Je ne conseillerais pas à mes anciens lieutenants de mettre l'Algérie en état de siège; ce serait se donner un mauvais vernis et faire crier en France et en Afrique, sans grands
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prolits I La question vilalc nVst pas de savoir si les Ëuropéons auront plus ou moins de liberté, s*ils seront gouvernés de telle ou telle manière, si le pouvoir sera pins civil que militaire? Tout cela peut passionner les badauds et les niais de nos villes do la côte, mais au fond n'a aucune importance réelle. Ce qu*il faut faire? Grandir le pays par une colonisation dont les éléments seraient vigoureux et par de grands travaux d'utilité publique ouvrant les voies à la colonisation. Ajoutons-y un effectif considérable, 100,000 hommes, par exemple, parce que Tarmée est le premier élément de colonisation puis(]u'elle y influe par trois grands moyens : P par son budget qu'elle verse dans le mouvement colonisateur; 2° par la sécurité qu'elle donne ; 3® par ses bras nombreux et à bon marché sans lesquels il serait à peu près impossible d'exécuter les grands travaux d'utilité publique.
L'armée étant nombreuse et rendant les services les plus importants, elle doit avoir la suprématie. Mais, pour la lui donner et sans trop blesser les idées théori(|ues et chimériques, il suffit, à mon avis, de mettre l'Algérie en état de guerre, et de placer, dans le conseil d'administration, si on le conserve, un plus grand nombre de militaires. Il faut aussi conserver au gouvernement général le droit d'expulser les perturbateurs invétérés. 11 n'est pas besoin d'autres droits, quand on aura la force que donne une armée de cent mille hommes et même moins.
Sans doute, pour être tout à fait en harmonie avec les circonstances et le but à atteindre, il serait infiniment plus judicieux de n'avoir (|ue le pouvoir militaire, comme je rav.iis organisé, dans ce fju'on appelait la zone mixte. On aurait près du gouverneur un ou deux magistrats, un uu deux adminiNtrateurs distingués, non pour fonctionner directement, mais pour éclairer le gouverneur, et guider, sous ses