CHAPITRE IX
ordres, les juges et les admiDistrateurs militaires ; c'est certainement ce qu'il y aurait de plus raisonnable, de plus en harmonie avec la situation, de plus économique pour le Trésor. Mais le civil se croirait opprimé, et, quelle que soit la bonlé de celte administration, on lui attribuerait tous les obstacles, tous les inconvénients qui sont dans la nature des choses I Laissons donc aux colons Tadministration civile. Mais donnons la haute main à Tadministration militaire; on est bien obligé de faire des concessions à Tesprit du temps, quelque absurde qu'il soit.
Malgré Texpérience fâcheuse que font en ce moment les colons des libertés civiles, ils resteront persuadés que c'est la panacée universelle. Laissons-leur cette satisfaction morale, quoique ce ne soit bon à rien, en Algérie : l'absence de cela créerait un mal réel, car les imaginations seraient tourmentées. Si on fait les grandes choses, les petites tracasseries civiles auront peu d'importance.
La nouvelle situation de la France me défend d'insister pour la colonisation avec l'armée, quoique ce soit la meilleure et de beaucoup! Le plus pressant aujourd'hui est de débarrasser la métropole de la plus forte partie possible des prolétaires des villes; c'est un mauvais élément de colonisation rurale^ mais la politique de la Franco doit l'emporter. Je voudrais donc qu'on mît à la disposition du ministre de la Guerre toutes les sommes qu'il pourrait utilement dépenser pour l'installation des prolétaires de France. L'armée serait augmentée en raison du nombre des colons qu'on pourrait établir.
11 ne faut pas se dissimuler que cette grande mesure de politique et de colonisation entraînerait forcément un gros accroissement do l'armée ; les troupes affectées à la protection due aux travaux d'installation des côlons sont à peu près im-
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mobilisées pendant au moins deux ans et ne peuvent donc être employées à la répression des Arabes; elles ne peuvent guère que comprimer moralement dans un certain rayon autour d'elles. Cette augmentation de forces est d'autant plus nécessaire, que rirritation des Arabes serait inévitablement accrue par Tintroduction sur leurs terres d'un grand nombre de nouveaux colons ruraux qui g(^neraient beaucoup les Indigènes dans leur culture, et surtout pour le pâturage de leurs troupeaux; ils se C()nsidér(?raient à bon droit, quoi qu*on en ait dit, comme spoliés, et il est naturel de lutter contre la spoliation ; pour se faire spoliateur, il faut être fort ! Nous sommes condamnés à spolier en Afrique pour n*ètre pas spoliés en France ! C'est, je crois, le seul moyen de satisfaire, en partie, aux imprudentes promesses que la République, à son avènement, a faites à une partie du peuple.
En maintenant l'administration civile, qu'il ne fallait pas établir, nous ne pouvons mettre un militaire à la direction des affaires civiles. Il faut tout un ou tout l'autre : le régime civil avec un gouvernement militaire au sommet, ou bien le régime militaire pur, et alors choisir les administrateurs et les juges parmi les officiers les plus capables de ces fonctions. La pèpinièremilitaire fournirait certainement des sujets préférables à ceux qu'on pourrait nous envoyer de France pris dans l'ordre civil !
J'ai déj:\ répondu, dans ces dernières lignes, à la question <iue vous posez dans ces termes: « Connaîtriez-vous un moyen de simplifier le gouvernement de l'Algérie? » Ce que je viens d'ex[)oser est assurément ce qu'il y a de plus simple, de plus vrai, (le plus économiciue, m<iis cela ne répond pas entièrement à la srcnndc partio de votre question : u de manière à suffire i\ tous les dangers qui menacent du dehors, du dt*dans et des colons )> J'écarte les colons, ils ne sont pas