‹ Le Maréchal Bugeaud: d'après sa correspondance intime et des documents inédits, 1784-1849Chapitre 167 sur 206 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

dangereux, pour peu que le gouverneur ait de la fermeté. Que peuvent-ils faire? Quant au danger des Arabes et du dehors, je ne connais d'autre remède que notre système de guerre et d'occupation, énergiquement appliqué à ne conserver que les postes indispensables pour le ravitaillement des colonnes agissantes ; que ces colonnes soient toujours pourvues de tous les moyens nécessaires en transports et approvisionnements de tous genres, afin d'opérer aussitôt qu'un danger se manifeste ; qu'aucune considération, comme nécessités secondaires, ne conduisent à éparpiller les forces; que l'on soit toujours prêt à opérer leur concentration ; que si la révolte est générale, on n'ait pas l'absurde prétention de la vaincre sur tous les points à la fois; qu'on ne veuille pas couvrir de longues lignes, car c'est tenter une impossibilité ; qu'on se persuade bien qu'on se garde mille fois mieux par TofFensive que par la défensive absolue; que si le danger venait du dehors par une armée de débarquement, il faudrait savoir négliger les Arabes pour un temps afin de réunir assez de forces pour se donner toutes les chances d'écraser l'armée d'invasion ; cela fait, on revient sur les Arabes, et Ton joint à la puissance matérielle une grande puissance morale de plus, celle que donne le succès.

Pour disposer delà plus grande partie possible d'un effectif d'armée, il faut se mettre en mesure, par une fortification bien entendue, de réduire les garnisons des villes et postes à la plus simple expression. Point d'ouvrages extérieurs, point de postes détachés : une simple enceinte aussi réduite que possible, et un réduit dans l'intérieur, pour garder les magasins et comme dernier asile de la garnison ! 11 faut que les villes et postes soient toujours approvisionnés pour un an en raison de Teff'ectif de la garnison, et qu'il y ait, en outre« une réserve suffisante pour ravitailler trois fois une colonne

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(le trois mille liommns. Los villes duivcnt être encore plus largement approvisionnées, puisque c'est laque la masse des troupes stationne quand on ne fait pas la guerre.

Je crois, mon cher Henry, avoir répondu en gros à toutes vos questions. Si je ne conseille pas de ramener l'Algérie au régime militaire pur et simple. c'est parce que je pense qu'il est très difficile de faire cadrer cela avec les idées républicaines ! Vous voyez que, sous la monarchie constitutionnelle, j'ai eu toutes les peines du monde à empêcher Tadministration civile de porter sur toute l'étendne du territoire ses lenteurs, ses complications, ses entraves, ses énormes dépt?nsos. Que si le gouvernement de la République se croit assez fort pour braver sur ce point les criaillcrios de la presse et les attaques de la tribune, je l'en féliciterai dans Tintérôt de la France et de l'Algérie, ('ar, sans nul doute, le régime militaire est et sera longtemps ce qui convient le mieux à la situation de notre colonie. (]jux qui ont pensé et pensent encore le contraire, ont oublié que nous sommes en présence d'un peuple de trois ou quatre millions d'âmes, ayant quatre ou cinq cent mille hommes armés et très belliqueux.

Je vous envoie un travail de premier jet, tel que je Tai dicté ; vous pouvez néanmoins le montrer aux généraux Cavaignac et Lamoricière si vous le jugez à propos.

Maréchal B. d'Islv.

Malgré la vicloiro rcinporléc sur les insurgés de juin, c'est-à-dire sur les seuls républicains vraimeut logiques, le gouvernement de la République était sorli singulièrement aiTaibli de celle crise. La répression de Témeule ordonnée par hy général Cavaîgnac reudail désormais cet honnële ciloyen impopulaire et

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