CHAPITRE IX
et haïssable h l'égal du prétendu bourreau de la rue Transnonain. — Lasse du provisoire et guérie des folies, l'Assemblée nationale se hâta bientôt de jeter les bases d'un nouveau gouvernement et d'ajouter à la liste déjà longue une Constitution nouvelle établie sur une Chambre unique et un Président élu par le suffrage universel. — C'était constituer deux pouvoirs rivaux sans intermédiaire aucun, qui pût prévenir leur antagonisme ou amortir les coups.
Depuis le 2i juin 1848, Cavaignac était, on le sail, investi du pouvoir exécutif par l'Assemblée nationale. Le 25 novembre, un nouveau vote de l'Assemblée déclara qu'il avait bien mérité de la patrie. Le prince Louis-Napoléon, dans le courant de juin, avait été éUi aux élections partielles, à Paris et dans trois départements ; mais il avait donné sa démission et était retourné en Angleterre, lorsqu'au mois de septembre cinq départements le renvoyèrent au Parlement. Il prit, cette fois, part aux travaux législatifs et vota la Constitution.
Les deux seuls candidats sérieux à la Présidence de la République furent le prince Louis-Napoléon et le général Cavaignac. D'autres candidatures avaient surgi, parmi lesquelles celle de M. Ledru-RoUin et celle du maréchal Bugeaud. Ce dernier ne tarda point à se désister dès que le parti conservateur et les royahstes do toute nuance se furent déclarés en faveur du prince Louis-Napoléon.
Mais avant que la candidature du prince Louis Bonaparle, grâce à la légende napoléonienne, eût pris
372 LE MARÉCUAL BUGEIAUD.
de st'^rieuscs proportions, le nom du maréchal iMail, à coup sur, celui qui réunissait le plus de suffrages. Ses amis le pressant vivement, il adressa la lettre suivante à M. de Lavergne, ancien député. Celte lettre est une sorte de programme, de profession de foi tracée à la hâte et qui devait être communiquée confidentiellement aux promoteurs de sa candidature.
Le maréchal Bugeaud à M, Léonce de Lavergne^ ancien député,
La Durantie, 19 octobre 1848.
Mon cher collègue,
Continuons cet ancien style qui peut d'ailleurs redevenir bientôt le vrai. Je juge comme vous la modification ministérielle qui vient de s'opérer. Les circonstances et la nature (les choses la rendent nécessairement transitoire. Les ministres de coalition ou de conciliation n'ont jamais réussi en temps ordinaire; comment celui-ci réussirait-il au milieu des passions ardentes, des utopies destructives, des complications intérieures et extérieures de notre triste époque?
Je veux croire qu'à côté de l'impatiente ambition de MM. Dufaure, Vivien et consorts, il y a un sentiment généreux et un certain dévouement à Vidée d'une République modérée; mais que pourront-ils faire avec leur caractère faible, méticuleux? Sans nul doute, ménager la chèvre et le chou? Ils ne satisferont ni les vrais amis de Tordre, ni les hommes du Xalional, ni encore moins ceux de la Montagne qui veulent avant tout la domination tyrannique de leur infernale coterie. Je pense donc que, d'ici à l'élection du Président, le nouveau ministère sera déjà très usé.