CHAPITRE IX
Si, du moins, en attendant, il avait un peu épuré Tadministration départementale, il aurait rendu service à Tordre, et nous pourrions espérer des élections qui amèneraient à rAssemblée législative une forte majorité pour la république modérée; je ne Tespère pas du caractère de MM. Dufaure et Vivien. Ils ne sont pas de taille à sauver la patrie : ils sont seulement d'habiles discuteurs pour un gouvernement régulièrement établi. Imposeront-ils une crainte salutaire aux factions rouge et socialiste ? Je suis loin de le croire. Je pense bien plutôt qu'elles grandiront en audace. Quant à les concilier, si MM. Dufaure et Vivien Tespèrent, ils sont bien niaisement ingénus.
Je n'attends donc d'eux aucun service décisif, et je crains comme vous qu'ils ne divisent notre parti par leur talent de tribune et la considération personnelle dont ils jouissent comme honnêtes gens.
Il est bien évident, pour tout homme un peu clairvoyant, que cette combinaison bâtarde et boiteuse n*a été inventée que pour rendre des chances à la candidature de Gavaignac. C'est une captation et pas autre chose. C'est égal, beaucoup de gens s'y laisseront prendre si bon nombre d'organes accrédités de la presse n'éventent pas le piège.
J'ignorais l'allure du Siècle (je ne le lis pas) ; j'ailaissé éteindre mon abonnement aux Débats; je ne reçois que la Presse, rAssemblée nationale^ le Constitutionnel^ et quelques journaux de province très bien faits.
Le Constitutionnel m'a un peu étonné; mais j'ai cru et je crois encore que son indécision, et presque son appui, n'étaient qu'une ruse de guerre pour avoir une plus grande au» torité plus tard, par la modération qu'il montre au début. Si ce n'était pas cela, c'est qu'il aurait abandonné son principal inspirateur, lequel cependant a bien des titres pour arriver
iui gouvernement de la République. J'ignore si ce personnage, que j'apprécie encore plus qu'autrefois, pour ses derniers discours et son livre sur la propriété, a reçu les communications de Louis-Napoléon; ce que je sais tr^s bien, c'est qu'il ne m'a été fait aucune ouverture de ce côté.
Quelqu'un écrit h mes amis pour leur dire de m'inviter à me rendre à Paris, où des personnages importants désiraient m'entretenir. J'ai répondu que j'attendais dans mes champs que la France eût besoin de moi, soit à l'intérieur, soit à l'extérieur ; que je me rendrais à l'appel du public ou de l'Assemblée, mais non pas à celui d'un ou plusieurs individus, surtout quand ces individus me sont inconnus.
Je suis tout à fait de votre avis : le parti de l'ordre social no doit plus s'effacer; il ne l'a déjà que trop fait. Il doit avoir son candidat à la Présidence, le produire ouvertement, et avec toute lactivîté possible. En s'efTaçant, on se fait oublier ou abandonner par tout ce qu'il y a d*hommes faibles, sans foi politique ; et c'est le plus grand nombre.
Le candidat doit-il être le personnage dont vous me parlez? G*est à vous, messieurs, à en juger. Tout ce que je puis dire, c'est que, s'il ne se croit pas Thomme providentiel (il n'a pas tant d'orgueil), il ne croira pas sa mission au-dessus de son dévouement, de son courage et de sa ferme résolution de concourir de toutes les forces de son àme et de son corps à ramener la France sur les bases qui peuvent lui rendre l'ordre par le règne des lois sages, la prospérité par l'ordre dans toute son extension.
Depuis une dizaine de jours, on lui a fait de Paris et de divers points de la France des ouvertures dans le même sens que vous. Elles proviennent d'hommes de presque toutes les nuances politiques, moins le rouge, bien entendu. Des journalistes de rOuest et du Midi hii ont offert l'appui de leur