CHAPITRE IX
publicité. Il est, en outre, informé. que, dans plusieurs départements, les légitimistes se sont ralliés, à cette idée, aux anciens et aux nouveaux conservateurs ; que quelques-uns des premiers ont écrit à Rome pour tâcher d'obtenir la recommandation du Pape au clergé ; que d'autres ont écrit en Angleterre pour engager de hauts personnages à appuyer cette candidature près de leurs amis, mais sans la publicité de la presse.
Je vous dis ces choses confidentiellement, parce qu*une confidence en vaut une autre; je ne vous en aurais pas parlé, si vous ne m'y aviez pas provoqué. Mais, puisque vous avez cette idée, il est bon, pour votre gouverne, que vous sachiez tout ce que je sais sur Tétat de la question.
Vous penserez, j'espère, que la personne que vous avez en vue ^'avait pas osé prétendre à un honneur si grand et si redoutable; mais il faut que vous soyez également convaincu que si, presque par impossible, il lui arrivait, elle ne reculerait pas devant cette grande mission. Elle se sent toute la force d'âme nécessaire aux circonstances ; mais elle comprend que, pour certaines choses, les lumières pourraient lui manquer; elle y pourvoirait en s'entourant des hommes les plus capables dont les noms sont gravés depuis longtemps dans son esprit.
Elle n'est pas du tout disposée à se laisser dominer par une minorité factieuse qui en appelle toujours à la force des décisions de la majorité. Dans ce cas, elle accepterait la guerre ; elle la ferait avec toute l'énergie dont elle est susceptible. Il est bien à craindre que la crise actuelle ne puisse avoir d'autre solution : cela lui parait, malheureusement, écrit dans un prochain avenir. On en accepterait toutes les conséquences. On ne croit pas à la possibilité d'une conciliation avec la démagogie et les socialistes modernes Ils veulent la destruction de la société actuelle : c'est donc la guerroya outrance.
376 LE MAnéCHAL BVGEArD.
Je pense que les partisans bonapartistes doivent être bien aises de voir les amis do Tordre produire leur candidat ; car ce candidat, s'il n'ost appuyé que par les hommes d'ordre qui pensent et réfléchissent, et qu'il n'ait pas pour lui, ce qui est à craindre, les masses populaires, il n'enlèvera des voix qu*à Cavaignac, et cela favoriserait ladite élection princièrc.
Jusqu'à présont, il est à croire que c'est ce candidat qui a le plus de chances. En admettant son succès, il faut l'obliger à compter avec le parti do l'ordre. Ce n'est pas en s'cflaçant qu'on atteindrait le but : c'est en demandant un ou deux millions de voix à son candidat propre; ce qui, comme vous le dites, en ôterait aux deux autres prétendants, qui ne seraient plus assez forts pour ne pas compter avec nous, selon votre expression. .
On ne peut gagner des batailles quand on ne combat pas : entrons donc résolument dans la lice.
. Vous vous chargez, dites-vous, de la presse départementale : c'est beaucoup. Elle est plus influente aujourd'hui que celle de Paris. A cette occasion, je vous dirai que j'ai été informé officiellement, par l'un des journalistes présents au congrès de Tours, que cette réunion avait décide que si le Président était à la nomination du peuple, on le porterait sur le nom que vous m'indiquez.
Je doute (pie vous déridiez le Journal des Débats h vous ajipuyer : il a toujours été pour la puissance établie. Il est plus naturel d'espérer dans le Constitutionnel. Il me parait encore plus possible d'avoir la Presse. L'appui de V Assemblée nationale, de YKvhiement et de quelques autres journaux de nouvelle création me paraît presque certain.
Vous avez les principaux journaux de la Gironde, de la Charente supérieure et inférieure, do la Somme et, en général de tout l'Ouest. Vous en aurez aussi beaucoup dans le Midi.