‹ Le Maréchal Bugeaud: d'après sa correspondance intime et des documents inédits, 1784-1849Chapitre 171 sur 206 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

Ne négligez pas Toulouse, Montpellier, Nîmes, et surtout Marseille, où Berryer, qui, dit-on, nous est favorable, a uiie grande influence. Pensez aux personnages d'outre-mer : ils peuvent encore beaucoup. L'ex-député de Jouvenel pourrait vous servir dans le Limousin : je présume qu'il doit être de votre bord. Mais à quoi bon vous donner tous ces avis? Vous êtes bien mieux à portée que moi déjuger les hommes et les moyens qu'il faut employer.

Le programme que je vous ai indiqué a sans doute du bon ; mais il n'a rien d'absolu. Gomment dire exactement ce que l'on fera? Cela doit dépendre des circonstances du moment. Tout ce qu'on peut dire, c'est qu'il faut avant tout une grande fermeté, et môme de l'audace, ainsi que dit Ledru-Rollin après Danton. Pourquoi n'aurait-on pas autant de fermeté et d'audace pour le bien que les méchants en ont pour le mal? Je suis bien convaincu que la République honnête ne peut s'établir que comme cela. Pour la faire réussir, je ne crois pas à la conciliation et à toutes les mesures de faiblesse qui en dérivent

Dans celte longue lettre destinée à être communiquée h quelques amis, on sent chez le maréchal plus d'hésitation que d'enthousiasme. La candidature du général Cavaignac, il faut bien l'avouer, lui est particulièrement désagréable ; d'autre part, il ne se dissimule point que son nom, représentant à celte heure les partisans de la monarchie constitutionnelle, réunira difficilement les suffrages.

La candidature de Bugeaud, il faut bien le dire, était devenue fort sérieuse, et si la légende napoléonienne n'avait été ressuscitée, le nom du maréchal

378 LE MAnÉCHAL BUGEAUD.

OUI cortaiiiemeiit été acclamé. Ce nom, devenu subitement populaire, représenlait Tautorité et la liberté dont la France avait joui pendant les dix-huit ans du rbp\o du roi Louis-Philippe, et que la France désabusée ef repentante regrettait sincèrement et du fond du cœur, après huit mois de République et d'anarchie.

M. Louis Veuillot n'avait point été le dernier à défendre la candidature du maréchal Bugeaud. Il s'en était ouvert avec lui dès le 24 octobre, dans une lettre conlîdentielle (1).

Il posait au maréchal certaines questions. La solution n'était point douteuse pour lui, qui connaissait de longue date son candidat; mais il jugeait bon que le maréchal fît une réponse destinée à être rendue publique.

C'est alors que le maréchal lui répondit , à la date du 3 novembre, une sorte de lettre-manifeste, très importante, dont nous extrayons ce qui suit :

Le maréchal Bugeaud à M. Louis Veuillot,

La Durantie, le 3 novembre 1848.

Mon cher Veuillot,

Je ne crois pas au succès de mon nom dans les réunions de conservateurs parce que je connais rirrésolution du plus grand nombre de nos amis. Ils sont toujours disposés i\ brûler plusieurs cierges devant le diable et à mettre tout

■ t) I.a correspondance «!«» M. Louis ViMiilIot, aussi bien que la plupart «h's lottn's les plus i)i*écieuse» adressées au maréchal Bugeaud ont été détruites daud ] 'incendie d'une maison palrimoniale où la ramille Buireaud s'était retirée à Excideuil, après la mort de son illustre chef.

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