‹ Le Maréchal Bugeaud: d'après sa correspondance intime et des documents inédits, 1784-1849Chapitre 172 sur 206 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

au plus un lampion devant Dieu : ils ne se croient pas encore suffisamment éclairés par huit mois de honte, de ruine, de dangers et de combats sanglants; ils sont encore dominés par la chimère de la conciliation ; ils ne savent pas voir qu'il n*y a pas d'accord possible entre des démagogues furieux de corrompre et les amis d'une liberté sage, entre les socialistes qui veulent promener sur la société le niveau de la misère pour régner sur des ruines, et les hommes qui veulent conserver Tordre social que la Providence elle-même a établi, par la force des choses, depuis bientôt deux mille ans. La faiblesse de leur caractère leur fait voir la nécessité de ménager les rouges et les philosophes sortis de Tenfer qui ont inventé le socialisme, beau mot qui couvre les idées les plus criminelles. Ces timides diront dans les comités que mon nom est trop tranché, que cela révolterait les républicains de la veille et produirait peut-être une émeute; qu'il faut attendre encore, que mon heure n'est pas arrivée; qu'il me faut réserver dans toute ma force pour les circonstances critiques qu'il est facile de prévoir, et comme ils seront le plus grand nombre, ils l'emporteront. La province suivra, parce qu'elle attend le mot d'ordre qui doit sortir des congrès de journalistes et des comités.

Voilà mes prévisions, mon cher Veuillot, et d'après elles je fais déjà des vœux pour qu'on choisisse un nom qui représenterait ce que je représente : pour qu'on éloigne tous ceux qui seraient le triomphe des républicains de la veille et qui perpétueraient le régime honteux que nous subissons depuis huit mois.

Vous voyez que je ne me leurre d'aucune espérance. Si, contre toute attente, j'étais trompé dans mon jugement; si ma candidature était adoptée par les comités de l'ordre et les journaux de province de cette couleur, je n'hésiterais plus à

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me poser violemment et alors il me serait d'autant plus facile de donner satisfaction aux catholiques que j'ai toujours pensé comme il suit sur les questions que vous me posez :

1" J'ai toujours voulu la liberté religieuse; je ne crois pas que le Gouvernement doive s'immiscer dans ce qui regarde la conscience et l'exercice des cultes reconnus par la morale ; mais vous conviendrez que le Gouvernement ne peut pas tolérer les prétendus cultes qu'ont inventés ou qu'inventeraient encore les imaginations en délire, les hommes les plus passionnés pour la liberté religieuse ne pouvant pas vouloir les parodies de la religion, telles, par exemple, que Thérésie de l'abbé Chatel, et je crois qu'avec la liberté absolue il s'en produirait de plus monstrueuses encore.

2° Je suis devenu partisan de la liberté d'enseignement. depuis longtemps. L'éducation uniforme que donne l'Université m'a toujours paru absurde... Elle faisait des républicains sous la monarchie, elle s'occupait fort peu de la religion et de la morale ; en un mot, comme vous le dites, elle préparait la génération que nous voyons à l'œuvre en ce moment. Le meilleur moyen de rendre aux pères de famille la liberté d'élever leurs enfants comme ils l'entendent et de leur donner une instruction conforme à la profession qui leur est destinée, c'est d accorder la liberté d'enseignement sous la surveillance du (îouvernement pour que de misérables professeurs corrompus ne puissent pas penertir la jeunesse et que l'éducation soit religieuse et morale.

3" Je suis d'avis aussi dn la décentralisation administrative dans de très grandes proportions, en ne consenant de la centralisation que ce qui est indispensable pour établir l'unité administrative et maintenir Tunité politique et protéger les citoyens, dans certains cas, contre la tyrannie possible des conseils municipaux. Vous comprendrez facilement qu'avec

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