CHAPITRE IX
que je me retire, pour éviter de faire nommer le Président par l'Assemblée Nationale; ceux-là veulent Louis -Napoléon, M. Mole est du nombre, bien qu'on ne le dise pas ouvertement.
Les autres veulent que. je persiste pour former le noyau du parti, qui ne veut ni des républicains de la veille , ni des aventures que nous promet Louis-Napoléon.
M. de Broglie se prononce résolument pour cette mesure, c'est-à-dire pour moi. Il a écrit en ce sens deux lettres à Bordeaux, avec intention qu'elles me fussent communiquées.
Je penche pour les premiers ; en politique comme en guerre, il faut combattre le danger' le plus voisin. J'ai donc envoyé mon désistement à un conseil à Paris, qui doit le publier ou le retenir, suivant décision du congrès de journalistes et des comités. Les journaux vous apprendront dans quelques jours le parti pris, et vous agirez en conséquence.
Vous avez lu sans doute Tébouriffante biographie de Cavaignac, insérée au Moniteur de l'Armée; elle vient d'être répandue dans toute la France, aux frais du budget. Les simples gendarmes en ont reçu.
Je présume que quand vous recevrez cette lettre, vous aurez déjà voté pour la Présidence. Vous verrez mon désistement dans les journaux du 10. Les amis de l'ordre étaient divisés en deux camps. Le plus nombreux, quoique bien disposé pour moi, me priait de me désister, pour ne pas diviser les suffrages et amener ainsi le triomphe du National, L'autre camp me disait: Louis-Napoléon triomphera sans nous, cela est certain : nous pouvons sans risquer de faire triompher le National, avoir un candidat à nous, afin de ne pas mettre notre drapeau dans notre poche, et ne pas abdiquer après avoir gouverné la France pendant dix-huit ansl
Cette opinion est dans la raison absolue, toutefois elle me
paraît peu conrorme aux circonslances qui nous pressent. Adieu, mon cher Feray, je vous embrasse.
Maréchal B. d*Islt.
P, S. — Je vous prie de faire mes amitiés au général Charon, et, une fois pour toutes, à tous les officiers, quel que soit leur grade, qui pensent à moi.
Ainsi qu'il Tavait décidé, \o maréchal rendit publique la déclaration suivante qui fui insérée dans les principaux journaux de Paris :
La Durantie, 6 novembre 1848.
Poussé par le patriotique et ardent désir de concourir à sauver la patrie des dangers qui la menacent encore, j*inclinais à accepter la candidature à la Présidence de la République, qui m'était spontanément offerte de divers points de la France. Une appréciation plus mûre de Tcsprit public, les faits survenus ont modifie mes idées, sans altérer mon dévouement à la Cciuse sacrée de la liberté et de Tordre social.
Je déclare donc à mes amis et à mes partisans que je crois utile au bien du pays de renoncer à Thonneur insigne dont ils voulaient couronner ma longue carrière militaire et politiijue.
En persistant, je pourrais contribuer à diviser les suffrages des modérés ; je ne me le pardonnerais jamais. Je les supplie de concentrer leurs voix sur un homme à qui Tassentiroent le plus généra] puisse donner assez de force pour dominer le présent et consolider l'avenir.
Maréchal Bugeaud duc dIsly.
Bien que rélection du prince Napoléon fût à peu près assurée, on pouvait redouter encore rexplosion