‹ Le Maréchal Bugeaud: d'après sa correspondance intime et des documents inédits, 1784-1849Chapitre 175 sur 206 · CHAPITRE ÎX. 38S · texte numérisé non relu

CHAPITRE ÎX. 38S

d'une nouvelle insurrection de juin. Dans celle évenlualilé, le maréchal Bugeaud aurail certainement joué le premier rôle; c'est autour de lui que se seraient f^roupées toutes les forces conservatrices. La lettre ci-dessous adressée par lui au commandant Ducrot, qui lui avait annoncé son mariage, témoigne de ses préoccupations :

Le maréchal Bugeaud au commandant ûuaol (1).

La Durantie, 20 novembre 1848.

Mon cher commandant,

J'ai reçu avec plaisir Tavis que vous me donnez de votre mariage ; je fais des vœux pour le bonheur de cette union.

Vous savez que je vous ai toujours porté un vif intérêt, parce quo je vous considère comme un de nos officiers d'à venir.

(P ("ost quelques semaines avant sa mort que le pénéral Ducrot nous coniinniuijunit cette lettre du maréchal. En nous l'adressant, le vaiN laiit homme, le citoyen, le soldat sans reproche, dont la France pleurera longtemps la perte, voulait bien nous écrire le billet ci-joint que nous reproduisons, le cœur serré, en songeant à tout ce que la France espérait de son patriotisme ardent et de sa décision :

Versailles, 6 juillet 1882.

Mo:i cher «rMcville. Rct-'nii a la chambre par un léger mal à la jambe, j'en ai pro' llt«! pour mettre un peu d'ordre dans mes papiers, ot cela m'a fait retrouver la l'Mtro (iu UKircchal Bugeaud dont je vous avais parlé. — Je vous en envoie la copie. — Ce qu'écrivait notre excellent maréchal, le 20 novembre 1848, s'applique atixohiment A la situation présente...

Ululas ! que n'est-il là pour nous rallier et prendre une vigoureuse offensive contre

les barbares dont le flot monte toujours!....

Mes coihpliments les plus affectueux.

Général A. Ducrot.

Le ^'énéral Auguste Alexandre Ducrot est né à Nevers le 24 février 1817. Sorti sous-lieutenant de TEcole de Saint-Cyr, il fut nommé lieutenant le 27 décembre 18^0, capitaine le H février 1842, commandant le 27 septembre lKi7, lieutenant-colonel le 8 avril 1851, colonel le 20 décembre 1853, général de brigade le 13 mars 1858 et général de division le 7 juin 1865.

386 LK MARÉCHAL JirGKAL'Ii.

J'aime à voir le patriotisme que respire votre lettre, et j'accepte de grand cœur la promesse que vous me faites de venir vous ranger sous ma bannière, dans le cas très possible où nous serions obligés de défendre la société, les armes à la main, contre les attaques de ces bm^bara qui se disent socialistes (1) et guettent tous les jours le moment où ils pour-

Xous iivons vu ses débuts en Afrique, sous les ordres du lieutenaot-coione] d'Aumale. En 1839, il fit la cninpagne d'Italie comme gén>*ral de brifraile.

Kq 1860, il commandait la première division territoriale à StraMiour^^, et, dès cette époque, il écrivit au général Frossard des lettres publiées plus tard, où il jetait un cri d'alarme qui ne fut malheureusement pas entendu et dans lesquelles étaient signaleras, avec pièces à Tappui, les ptvparatifs militaires et l'organisation supérieure de la Prusse. Après ladéclaration de guerre, commandant de la U'' division du 1*' corps d'armée, il combattit à KeichshofTen. A Sedan, Mac-Malion blessé, il commanrla en chef quatre heures et prescrivit un mouvement sur Mézières qui eût sauvé l'armée si Winipfen, substitué par ordre, n'eût . arrêté celle manœuvre. Interné à Pont-à-Mousson, il parvint à s'échapper et arriva à Paris, où il fut installé comme commandant des 13^ et li*^ corps. Pendant le siège, ses efforts héroïques ;à Champigny, à Montretouti restèrent infructueux. Après la capitul.iiion, les éb'ctionsde la Nièvre l'envoyèrent à la Chambre (février 1871). 11 siégea à droite et se démit de ses fonctions, lorsqu'il fut nommé à Bourges commandant en chef du S^* corps. Sa profonde antipathie pour les anarchistes et la Révolution égalait celle que leur témoignait le maivchal Bugeaud. Vn décret du président de la République, il nont en coûte de le diiv, signé Mac-Mahon, lui retira ce commandement en 1878.

L'énergie, le patriotisme du giMiéral Ducrot, son honnêteté, resteront légen<laires. La Fi'ance monarchique a perdu en lui un serviteur pVLAsionm* et son plus ardent défenseur. Le général Ducrot a laissé des ouvrages militaires d'une haute p(»riée politique et militaire: De rÊtat-infjor, ia Vérité sur fAlf/vriey Guerres de frontières, ia Défense de Paris.

il) Dans un livre remarquable, presque tiussi oublié aujourd'hui que son auteur, VÈre des Ccsara, par A. Romieu ''1850, I^edoyen, à Paris), nous avons trouvé une page magistrale sur le maréchal Bugeaud et sur le rôle qu'il était appelé à remplir après 1818 :

H A mes yeux, le fait d(»minant de la révolution de Février et qui la distinguera de toutes les autres est ceci : La foule abdique désormais ses tumultes et ses cris; elle a compris qu'ils étaient inutiles. Elle 8*accoutume à obéir, dans le cercle des l<iis qu'elle adopte, c'est-à-dire à la %*oIont6 directrice de ceux qui lui pn'sageut les destinées. Vous retournez dans le cercle éternel des choses humaines : vous retrouvez au diz-neuvième sièclo la patiente marche deA II 'breux gagnant la terre promise. Du haut d'un

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