‹ Le Maréchal Bugeaud: d'après sa correspondance intime et des documents inédits, 1784-1849Chapitre 178 sur 206 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

L'armée conservait encore le nom d'armée des Alpes lorsque le maréchal Bugeaud fut appelé subitement à sa lêle. Le nouveau commandant en chef envisagea bien plus les dangers de l'intérieur que ceux du dehors. Cette préoccupation ressort des termes de la proclamation qu'il adressa presque immédiatement à ses troupes :

Ordre du jour à C armée des Alpes,

Paris, 24 décembre 1848.

Soldats de Tarmée des Alpes,

Le Président de la République ne pouvait mieux honorer ma longue carrière qu'en me mettant à votre tête ! C'est me donner la certitude que je pourrai rendre de nouveaux et grands services à la France, s'il se présente des circonstances où elle ait à faire appel à votre valeur et à votre dévouement.

Six ans de guerre en Afrique m'ont démontré que nos jeunes armées n'ont pas dégénéré et qu'elles sauraient imiter les armées de la République et de l'Empire. Vous êtes trop bons citoyens pour désirer la guerre ; mais vous voudriez tous la faire, si elle venait à éclater. Vous serez, en attendant, les fermes défenseurs de la loi. Vous comprendrez tous que l'ordre est la plus ferme garantie de la vraie liberté et de la prospérité publique ; que Tordre est encore plus nécessaire à la masse des travailleurs qu'aux classes qui, par le travail, sont arrivées à vaincre. Il n'y a rien d'aussi populaire que l'ordre ! Vous êtes, nous sommes tous enfants du peuple : nous saurons donc lui garantir ce bien inappréciable sans lequel il ne jouirait d'aucune des libertés conquises.

Si ma santé le permettait, je serais déjà au milieu de vous,

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car j'éprouve le besoin de connaître les régiments que je n*ai pas encore vus, et de renouveler connaissance avec ceux dont j\ii partagé les travaux et la gloire en Afrique.

Je le ferai dès que les forces me seront revenues. D*ici là je me reposer«ii avec une entière conûance sur votre bon esprit et les habitudes de discipline qui sont de tradition parmi vous. Elles ont été soigneusement entretenues dans vos rangs par Thonorable et habile général auquel je succède dans le commandement de Tarmée des Alpes, et dont, j*en suis certain, vous vous séparez à regret.

Le commandant en chef de l'année des A Ipes,

Maréchal duc d*Isly.

Ainsi qu'il rannonçait k ses soldais, le maréchal était sériouseinenl souffrant. Ce ne fut que six semaines après qu'il prtl quitter Paris pour se rendre à Bourges.

11 aurait volontiers choisi comme quartier général celte ville fort éloignée des Alpes et de la frontière italienne, mais qui se trouvait être un point central, ce qui lui permettait de se porter sur rinsurrcction d'où qu'elle vhit, et où il était îi moitié chemin entre Paris et h* Périgord.

Ce désir se manifeste dans la correspondance adressée h sa famille. Mais ce qui se lit davantage dans ces lettres tou<*hantes h sa fenune et à ses filles, c'est Tardent désir de les revoir. La fatalité le sépara des êtres qu'il chérissait le plus au monde, pendant les trois mois qui devaient être, h peu près, les derniei's de sa vie. La maréchale était à la Durantie, M"* Gasson et ses enfants au Puy, la colonelle Feray à Tenès; son fils Charles, en pleine éducation, à Bordeaux.

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