CHAPITRE X
Valence, le 25 mari 1849, 5 heures du soir.
Chère amie, depuis ce matin à 8 heures, je reçois les corporations, les autorités et des députations venues de quinze lieues à la ronde saluer, disaient-elles, le plus ferme appui de Tordre et lui offrir leurs bras pour combattre Tanarchie. C'est la plus unanime adhésion que j'aie encore reçue.
Je vois avec bonheur que tu te disposes à venir bientôt me rejoindre (lettre du 20). Je t'ai déjà dit que nous prendrions une maison en ville ou à la campagne. Nous trouverons à louer tout le mobilier nécessaire; mais il faut porter du linge et de l'argenterie.
Je rentre à Lyon demain. Paris et la France sont encore menacés de troubles. Attends que la situation soit plus calme, mais nous serons fixés dans quelques jours.
Adieu, je vais recevoir mon monde pour un dîner que je donne. Embrasse dix fois pour moi ce coquin de Charles qui ne m'a pas encore écrit.
Lyon, le 30 mars 1849.
Je reçois, chère amie, ta lettre du 25. Je vois que je ne puis guère t'espérer avant quinze ou vingt jours puisque tu attends Charles et que tu le garderas au moins cinq ou six jours. C'est bien long, chère amie, et cela nous rapproche des élections I
J'ai visité hier une maison de campagne sur la rive gauche de la Saône, h vingt minutes de Lyon, en voiture. Elle est très belle, toute neuve et meublée, avec un vaste verger, bosquets, allées couvertes et un propriétaire idolâtre de moi ; mais c'est un peu loin pour les affaires. On m'indique quelque chose de mieux, dit-on, et plus près de moitié. Trochu ira voir aujourd'hui ce château, c'est ainsi qu'on le nomme.
410 LK MARÉCHAL BITCEAUI).
Le maréchal Dugeaud à la comtesse Feray, à Tenès.
Lvon, le 4 avril 1848.
Chèro enfant,
Au moment où je roçois la lettre des 29 et 30 du mois dernier, m'anive le capitaine de Stahl, qui rejoint son régiment. Je lui remets une réponse et ta part d'un carton de rubans dont m'a ^'ratifié la ville de Saint-Ktienne. J'ai envoyé deux cartons i\ la Mé pour faire ses cadeaux aux dames Festugières, qui ont tant de bontés pour Charles, et j'en avais gardé un pour le partager entre toi et Marie quand vous seriez ici. Tn me fais désespérer de t'avoir avant tes couches. Je t'envoie ta part, ta grosse part, car sur tu on as 5, en considération de ce que ta scrur est à la porte de la fabrique.
Il m'est bien dur de renoncer à t'avoir dans la jolie campagne que j'ai louée tout exprès pour nous réunir tf)us; mais la sécurité de ta grossesse doit dominer tout : songe à la prudence avant toute autre considération.
Je ne suis pas effrayé de ta misanthropie. Tu apprendras bien vite qu'il faut accepter le monde comme il est, aimer les bons, dédaigner les mauvais, et savoir ôtre heureuse au milieu de tous. Je vois sans étonnement que les femmes ont la colrre plus tcnacr'que les hommes. Parla môme impulsion, mais dans l'ordre inverse, quand j'étais disposé à la misanthropie, je voyais toujours les femmes meilleures que les hommes.
Je te fais mon sincère compliment d'être devenue une maîtresse de maison accomplie, d'aimer ta vache et tes poules, do faire ton beurre et surtout de savoir vivre avec ton traitement. Tout cela est au fond plus intéressant que les frivolités, voire même que la littérature. Il faut économiser pour payer et arranger Linty et puis pour le marmot qui arrive. Linty