‹ Le Maréchal Bugeaud: d'après sa correspondance intime et des documents inédits, 1784-1849Chapitre 188 sur 206 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

la résignation, à une bonne mori, le maréchal répéta avec le ministre de Dieu ces trois mois : « Fiat voluntas tua. » — Quelques instants auparavant, le docteur Chomel étant venu ausculter le cœur du malade , le maréchal lui répondit d'une voix Jorle et naturelle : « Je suis un homme perdu. » A peine le malade eut-il reçu les derniers sacrements que les symptômes alarmants se manifestèrent sur ses traits. L'agonie commença; elle ne fut ni longue ni cruelle. Dieu daigna l'épargner.

Le maréchal rendit le dernier soupir à 6 heures 30 minutes, au milieu des larmes, des gémissements de ses fidèles amis, pressés autour de son lit pour lui baiser une dernière fois la main.

Peu de minutes après le moment suprême, le général Cavaignac, le comte Mole et le ministre de la guerre, général Rulhières, entrèrent dans la chambre. La douleur du général Cavaignac était particulièrement navrante. Agenouillé près du lit, il éclatait en sanglots.

L'archevêque de Paris arriva à sept heures et demie, croyant voir une dernière fois le maréchal. Les généraux Tartas, Gentil, entraient en même temps. Le prélat, après s'être agenouillé devant la figure calme et sereine du grand soldat, honnête homme, lui donna une dernière bénédiction.

Pendant ce lemps, M. Maigne, chef du cabinet du minisire de la justice, se rendait à TÉlysée pour annoncer au Président de la République la fatale nouvelle. Le Chef de l'Étal l'accueillit av6c une doulou-

43'i LK MAHÉCUAL BUGEAUD.

reuse omolioii, el, sYHaut assis à son bureau, remit à M. Maigne une lettre destinée au colonel Feray (1).

dette journée du 10 juin fut une des plus meurtrières de Tépidémie. Le chifFre de décès des cholériques à domicile et dans les hôpitaux s'éleva à 672. Le temps était orageux, Tatmosphère étouffante. L'émotion produite îi Paris par la nouvelle de l'événement fut considérable. La ville en fut atterrée. Quelques journaux républicains, de Paris et de Lyon, — nous avons honte de le dire pour Thonneur du nom frau- (;ais, — laissèrent lâchement éclater leur joie eu apprenant la disparition du conquérant de l'Algérie, de l'implacable ennemi des révolutionnaires.

Par une étrange coïncidence*, la maladie et la mort de l'illustre homme de guerre devaient être comme le signal de l'incendie. Les passions révolutionnaires semblaient vouloir attendre, pour se déchaîner plus violentes encore, Theure même de son agonie. Peu s'en fallut, en effet, que de sanglantes funérailles fussent faites au duc d'Isly. Le lendemain du jour où le maréchal avait été forcé de quitter le Palais Bourbon, c'est-à-dire le 7 juin, Ledru-Rollin , avec une rare âcreté et une singulière vigueur de langage, iuterpei-

(1) Louis-Napoléon, Président de la République, au colonel Feniy.

Palais de l'Klysée. le 10 juin 18t9.

Mon oher colouel.

Je n'ai (ins liosoin il«> vous dire combien je .suis ilosolé d'apprendre la nonvelle de la mort du man'chal Hu^eaud. C'est unep<'rt<> immense pour la France et pour n;oi.

<^uant ù sa l*uinill«N il est naturel qu'elle soit inconsolable ; aussi ne puis-je tenter

de soulni^or votre douleur quVn vous exprimaut la inieniie.

Crevez ktuu» lues bcutimeuts atTectueux.

Sigité : I^cib-Napouco!!.

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