CHAPITRE XI
lait le Gouvernement sur les événements de Rome.. Il déposa séance tenante une protestation au nom de Tarticle 5 de la Constitution qui défendait toute guerre contre les nationalités étrangères. Son discours se terminait par ces mots : « La Constitution est violée : nous la défendrons par tous les moyens, même par les armes. » En même temps, il demandait la mise en accusation du Président de la République et des ministres.
Le lendemain, 10 juin, expirait le maréchal. Le 11, dès le début de la séance, la Chambre irritée mettait fin, par un ordre du jour pur et simple, à la discussion des affaires de Rome (361 voix contre 203). — Une sourde agitation régnait dans Paris; des groupes nombreux stationnèrent autour du Palais Bourbon. Le 13. les députés de la Montagne s'élant retirés en masse dès Touverture de la séance de la Chambre, une proclamation au peuple français fut rédigée par eux, dans laquelle « étaient déclarés hors de la Constitution le Président de la République, les ministres et la partie de TAssemblée qui s'était rendue leur complice. La Garde nationale était invitée à se réunir, les ateliers à se fermer, le peuple à rester debout. »
En même temps, Ledru-RoUin, à la tête d'un certain nombre de députés de la Montagne et escorté des artilleurs de la Garde nationale, descendait dans la rue. L'insurrection allait partout s'étendre, lorsque leur chef Ledru-RoUin et ses amis se réunirent au Conservatoire. — On sait ce qui advint; ils furent cernés par les troupes et la panique se mit dans les rangs
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des agitateurs. Le tribun s'échappa par un vasistas et disparut pour toujours de la scène politique. Quant aux comparses, ils furent jugés quelques jours après par la Haute Cour de Versailles.
Le lendemain de la mort du maréchal, les journaux de la France entière annoncèrent la catastrophe. Nous nous bornons à reproduire l'oraison funèbre que Louis Veuillot inséra en tête des colonnes de Y Univers :
M. le maréchal Bugeaud a rendu le dernier soupir ce matin . A minuit Tespérance de le sauver n*était pas complèlcment perdue ; à six heures et demie, il a succombé. La nouvelle s en est promptemcnt répandue dans Paris. Elle a été accueillie avec un sentiment de douleur et de consternation (|uc toute la France éprouvera. Le pays fait une porte immense, chacun le sent. Mais Dieu seul, qui a frappé ce coup soudain, en connaît la portée.
Par rénergie de son âme, par Tascendant qu^il exerçait sur larmée , par la confiance qu^inspirait son caractère vraiment chrétien, M. le maréchal Bugeaud était du petit nombre de ces hommes qu peuvent, au moment donné, servir de rempart à une société tout entière. On sait que ni la tôte ni le cœur ne leur manquent devant le péril, et on leur obéit avant même qu'ils aient pris le commandement. Quand ils tombent, une brèche de plus est ouverte.
Le voilà tombé, cet homme calme et fort, vers qui tous les yeux se tournaient dans Tattente pleine d*angoisse où nous vivons. Le voilà tombé sans effort, sans combat, sans bruit ! Son épéc était une frontière, son nom un drapeau ; un souffle a traversé Tair, et il n'est plus. Ce rempart s'est écroulé, la puissante épée est rentrée au fourreau pour jamais.
La place de ce grand homme reste vide. Pour la remplir, il