CHAPITRE PREMIER
Sur le point de s'embarquer, le maréchal Bugeaud écrivait une dernière lettre à la maréchale et lui annonçait sa visite à Soult-Berg depuis longtemps projetée.
Le maréchal Bugeaud à la maHchale duchesse dVsly,
à BagnèrèS'de-Luchon,
Alger, le 25 août 1845.
Quatre lignes, chère amie, pour te dire qu'en arrivant d'Orléansville, je trouve ta lettre du 14, celle de Léonie, celle de Gomman.
Je suis bien heureux d'apprendre que notre chère enfant va mieux. J'approuve fort que vous restiez jusqu'au 15 ou 20 septembre. Alors j'irai vous joindre à Luchon ou à Toulouse à votre choix, après avoir vu le maréchal Soult chez qui tu dois me faire connaître ta décision sur le lieu de réunion. J'aimerais mieux que ce fût à Toulouse du 15 au 20 septembre. Voulant m'envoyer ta voiture à Mèze, tu as sans doute demandé celle de ton gendre. J'emmène le cheval de Léonie.
Je me porte à merveille. Adieu, mes amours; mes amitiés au bon Commah, emmenez-le à la Durantie.
Signé : Maréchal duc d'Isly,
Le maréchal s'embarqua pour France à Alger, le 4 septembre. Il se rendrait à Soultberg pour y conférer avec le maréchal duc de Dalmatie, Président du Conseil, sur les affaires d'Algérie et spécialement sur la question de colonisation militaire. Il allait en France dans l'intention d'exprimer franchement, de vive voix, toute sa façon de penser.
Si Ton ne me comprend pas, disait-il, le 21 août à son ancien
aide de camp Saint-Arnaud, si Ton ne veut pas me comprendre, je ne reviendrai pas. Si tout s*arrange comme je le crois, je serai de retour à Alger dans les premiers jours de novembre.
Tout ne devaîl point s'arranger à son gré avec le gouvernement du Roi ; et néanmoins le devoir devait ramener le maréchal en Algérie avant le terme indiqué par lui.
La dernière levée de boucliers des Arabes n'était pas, du reste, sans l'inquiéter. Sous la signature fort transparente de Un vieux voyageur, il avait, dans les colonnes du Moniteur Algérien, sa tribune familière, apprécié, comme il suit, la première insurrection de 1845, en laissant pressentir que la tranquillité du pays ne serait nullement définitive.
Lorsqu*cn 18i2 et 18(3, les Arabes se soumirent à notre puissance, ils étaient las de la guerre. Leurs plus braves guerriers étaient morts en combattant; ils avaient perdu un grand nombre de chevaux par le feu et par les fatigues; les razzias, la misère et les émigrations continuelles avaient fait périr leurs troupeaux : les silos avaient été vidés, non seulement par les ennemis, mais par les alliés; les moissons étaient incendiées, il devenait impossible de se livrera la culture.
Dans cette déplorable situation, les chefs se dirent : «Ren* dons-nous aux Français; ils nous laisseront nous gouvernera notre guise, ils se contenteront de notre commerce, et, quand nous aurons réparé nos pertes, nous choisirons un moment opportun pour chasser l'étranger... »
Mais dès le lendemain de cette soumission, nous organi-