CHAPITRE PREMIER
sâmes le pays ; on perça des routes, on créa des villages ; on concéda à des Européens des terres naguère propriété de tri- ' bus et de particuliers, on se mit à la recherche des biens du Beylik.
Les Arabes comprirent que la soumission ne pouvait plus être factice, superficielle, provisoire, comme ils Tavaient entendue; ils virent clairement que nous voulions non seulement habiter, mais encore posséder le pays : ils se rappelèrent les efforts d'Abdel-Kader...
L*émir, bien renseigné, en profita habilement. Il inonda le pays de lettres et annonça partout son arrivée... Les plus fanatiques levèrent Tétendard de la révolte dont Tattaque du camp de Sidi-bel-Abbès ne fut que le prélude. Delà, les insurrections qui ont éclaté et qui ne sont qu'un effort delà nationalité arabe pour se soustraire à un joug de plus en plus intolérable. Cet effort sera-t-il le dernier? Nous ne le pensons pas.
Le matin du départ, les notables civils d'Alger s'assemblèrent au Palais du Gouvernement pour remettre au gouverneur général une adresse.
Le maréchal répondit en ces termes à la députation :
Messieurs,
C'est pour la troisième fois que vous m'apportez les témoignages éclatants de vos sympathies. Chacune de ces flatteuses manifestations a augmenté mes obligations envers vous^ mais sans pouvoir rienajouterà mon dévouement, qui tout d*abord vous fut acquis en entier et qui ne pouvait faillir, soutenu par la confiance du Gouvernement, par la vôtre. Messieurs, et par celle de cette vaillante armée, qui, depuis son arrivée en Afrique, n'a cessé de donner des preuves de son patrio- " tisme et de son persévérant courage.
Dans ces derniers temps, dites-vous, Messieurs, je me suis surtout préoccupé de colonisation. Soyez persuadés qu'elle a été constamment dans ma pensée, alors même que la guerre se faisait avec la plus grande activité. J*ai cru, dès le principe, que le premier service à rendre à la colonisation était de lui donner l'espace et la sécurité, conditions indispensables de tout établissement.
En effet, comment coloniser si Ton craint sans cesse pour sa tète, si les cultivateurs ne peuvent se répandre dans les champs, suivant les besoins de la culture, si le moindre déplacement appelle le secours d'une escorte militaire? Dans un pareil état de choses, rien n'était possible en fait de colonisation ni de commerce. Mais, à peine la sécurité conquise, n'avons-nous pas songé sérieusement, activement à l'œuvre colonisatrice? Pendant que la guerre se continuait au loin, pour écarter de vous le danger, l'administration exécutait avec une grande intelligence, avec l'ardeur la plus louable les plans concertés entre elle et le gouverneur général. C'est ainsi que vous avez vu créer ces villages qui, formant les premiers jalons de la colonisation, permettent à la spéculation particulière de s'établir entre eux et de remplir l'espace.
En môme temps, Tarmée fondait des villes à l'intérieur et môme sur des points de la côte où l'administration civile n'était pas encore assise; elle ouvrait des routes, contruisait des ponts, élevait des édifices militaires, et la population civile accourait avec empressement se grouper autour de nos postes, parce qu'elle était assurée d'y trouver protection et bénéfice. Nulle part elle n'a redouté le régime militaire, et les faits ont constamment justifié sa confiance.
Tout cela. Messieurs, c'est de la colonisation. Quelques personnes auraient voulu que je restasse habituellement au