CHAPITRE XI
M"' la maréchale et à M"* Feray combien ma famille et moi nous partageons leur douleur, et veuillez recevoir, etc.
Signé : Henri d*Orléans.
Nous empruntons aux notes de M"* la comtesse Feray le récit de ce qui se passa à la Durantie lorsque la nouvelle fatale y parvint :
J'allais partir pour Lyon lorsque mon père fut mandé à Paris par le Président de la République. Pendant cette absence, ma mère vint l'attendre avec moi à la Durantie. Le maréchal était, paraît-il, chargé parle Prince décomposer un ministère. Ce fut pendant ce séjour à Paris qu'il fut pris par l'épidémie. Le choléra venait d'éclater avec violence à Paris. Le mal empira assez pour qu'on avertît ma mère. Nous étions prêts à rejoindre notre cher malade, lorsque le colonel Saget, son aide de camp, arriva en poste à la Durantie pour nous empêcher de nous mettre en route. Une crise favorable s'était produite, le robuste tempérament de mon père avait dompté le mal : il était sauvé, paraît-il, et entrait en convalescence. 11 avait voulu partir immédiatement pour la campagne, nous dit le colonel Saget, la jugeant souverain remède à tous ses maux ; malheureusement, les médecins, qui conseillaient aussi le changement, retardèrent le départ de vingtquatre heures, et ce retard fut fatal.
Toutes les dispositions ayant été prises à Paris, le colonel Saget avait été envoyé pour nous avertir de l'arrivée de notre cher malade. Quelle fut notre joie et notre reconnaissance envers le ciel qui nous rendait celui qui était tout pour nous! Et avec quelle activité nous préparâmes le château! Nous mîmes partout les fleurs des champs qu'il aimait et sur sa table un gros bouquet des roses brunes de la vieille Durantie,
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le berceau de sa jeunesse. Nous eu étions là de nos préparatifs lorsque le roulement d*une voiture nous fait accourir sur le perron. C'était M*' l'Évoque de Périgueux qui venait nous annoncer Tépouvantablo malheur.
La consternation se répandit dans le pays. La foule était compacte autour du château. Les serviteurs pleuraient, agenouillés autour do ma mère. Une paysanne lui disait en embrassant ses mains : « Notre bon maître est parti : c'était une belle ombre sur le village, qu'allons-nous devenir? »
Voici ce qui s'était passé à Paris, à l'hôtel du quai Voltaire, après le départ du colonel Saget. Le soir, les amis de mon père, fatigués, s'étaient endormis dans le salon, près de sa chambre. Christophe, domestique à son service depuis peu de temps, qui montrait beaucoup de zèle pour soigner son maître, avait ordre de ne rien donner à mon père sans réveiller un de ces messieurs. Mon prre, qui reposait paisiblement, demanda à boire en s'oveillant. Le domestique lui porta un verre d'eau rougie et, malgré les prescriptions, n'appela personne. A peine mon pauvre père eut-il bu qu'il fut en proie à d'horribles souffrances • .
Je rapporte ceci sans réflexions. Les journaux ont donné le récit de ses adieux si touchants au prince Louis-Napoléon, de ses vœux pour la France, cette patrie qu'il ne pouvait plus servir.
M. Vcuillot a raconté sa mort si grandement chrétienne et sa sublime résignation. Nos noms, il ne les a pas prononcés, il avait peur de faiblir devant le sacrifice. Ses lèvres se sont fermées à jamais en disant à Dieu : « Que votre volonté soit faite. »
Christophe revint à la Durantie avec les meilleurs témui-