CHAPITRE PREMIER
siège du gouvernement; on a été jusqu*à compter les jours que j*ai été en expédition, et Ton m'a fait un reproche de ce qu'ils dépassaient le temps de mon séjour à Alger.
Eh bien, moi, Messieurs, je m'en fais un titre d'honneur. Je persiste à croire de toutes les forces de ma conviction que je servais mieux ainsi les intérêts civils, que si je m'étais laissé absorber par les détails minutieux de l'administration. N'aviez-vous pas au milieu de vous des hommes éclairés et dévoués pour me suppléer dans cette partie de ma tâche? Est-ce que, d'ailleurs, on n*admini$tre, on ne colonise, on ne gouverne qu'à Alger?
Il fallait avant tout, je le répète, vous donner la sécurité. C'était le premier de tous les besoins, la source de tous les progrès, et nous ne pouvions la conserver qu'en portant la guerre jusqu'aux limites du pays. Quand je reviendrai parmi vous, ce sera encore ma principale préoccupation, tant je suis convaincu que le peuple conquérant ne peut pas s^endormir en présence du peuple vaincu, qu'il doit veiller sans cesse au maintien de sa puissance, à la conservation de sa force morale, sous peine de tomber sur la pente rapide de la décadence et de Texpulsion.
Vous vous êtes émus, Messieurs, des attaques injustes qui ont été dirigés contre moi par plusieurs organes de la presse, et vous avez craint qu'elles ne portassent le découragement dans mon esprit. Soyez sûrs que, pour ce qui me concerne personnellement, je suis dédaigneux des agressions mal fondées, tout aussi bien que je suis disposé à profiter des conseils utiles que la presse nous donne, hélasl trop rarement.
Une seule chose m'a affligé dans ces violentes et aveugles déclamations, c'est qu'elles m'ont paru de nature à entraver le développement de notre colonie.
La peinture que Ton faisait de la situation de l'Algérie ne
(levait-elle pas^ en effet, effrayer les hommes qui étaient tentés d^unir leurs intérêts aux vôtres? Ne disait-on pas que le désordre et Tinsurrection étaient partout; que la dévastation et rincendie, que toutes les horreurs de la guerre faisaient de notre conquête un pays de désolation. Et pourtant vous savez ce qui en était : l'insurrection du Dahra et des rives du Chélif n'a pas pu sortir de son foyer, grâce à la promptitude et à la vigueur des coups que nos soldats ont portés aux insurgés. La paix a été rétablie partout sans que vous ayez été troublés dans vos travaux ni dans tos transactions.
Aussi le bon sens public et Téloquence des faits ont-ils promptcmont dispersé les sombres nuages qu'on s*était efforcé d'amonceler. La vérité est apparue et les fausses alarmes n'ont pas môme pu ralentir le mouvement colonisateur. Eh bien^ les injustices ne seront pas plus puissantes sur moi, elles ne changeront en rien mes déterminations et ma ligne de conduite.
Vous paraissez croire que ma présence ici est encore nécessaire, qu'il serait trop difficile de me remplacer. Ces paroles, Messieurs, quelque flatteuses qu'elles soient pour moi, ne m'emp<^cheront pas de vous dire, et de vous dire avec joie, que c'est là une erreur. Non, Dieu merci! il n'est pas Trai que vos destinées, môme dans le présent, dépendent d*un homme quel qu'il soit. Vos intérêts aujourd'hui sont trop multipliés, trop étendus; la France les a trop pris au sérieux pour qu'ils puissent péricliter par une cause pareille. Une grande nation comme la nôtre trouvera toujours des hommes pour faire face aux nécessités qui se présenteront. Les administrateurs habiles ne manquent pas; et, dans. les rangs de l'armée, n'y a-l-il pas des généraux formés à l'école de l'expérience et déjà dignes de me succéder? Et derrière ces