CHAPITRE PREMIER
généraux, ne voyez-vous pas une foule de jeunes officiers d'avenir qui les remplaceront à leur tour?
Rassurez-vous donc, si des circonstances que je ne prévois point me forçaient à ne pas rentrer parmi vous^ vos grandes affaires n'en souffriraient pas. Vous pourrez, dans la suite des temps, éprouver des oscillations momentanées, mais vous en triompherez, et votre œuvre s'accomplira.
Enfin, Messieurs, et c'est là ce dont je suis profondément touché, vous me pressez de revenir au milieu de mes amis. Ici, dites-vous, il n'y a pas de dissidents. Oh! oui, je le crois, parce que vous êtes des hommes honnêtes, éclairés, et que, de mon côté, j'ai la conscience d'avoir été votre ami le plus sincère, le plus dévoué. Je vous rends tout l'amour que vous m'accordez, et bien que je ne possède pas une obole en Algérie, je défendrai cette terre comme sij'y avais consacré toute ma fortune et toutes mes affections. Je m'identifie avec vous, et quand je ne serai plus à la tète de votre gouvernement, vous pourrez toujours me compter au nombre de vos citoyens.
En quelque lieu, dans quelque position que je me trouve, je plaiderai vos intérêts avec la chaleur du plus ardent patriotisme, je tiendrai de tout point le langage que vous m'avez entendu tenir ici sur les questions fondamentales de notre entreprise.
Monsieur lePrésident, ayez la bonté de me remettre l'adresse que vous venez de lire au nom de vos concitoyens. Je la conserverai comme un titre de noblesse; elle restera dans mes archives à côté du brevet qui m'a fait duc d'Isly, et qui perpétue dans ma famille le souvenir d'un grand service rendu par l'armée d'Afrique à la France et à sa colonie.
Le maréchal Bugeaud eût élé heureux de laisser rintérim, au milieu de circonstances encore inquié-
44 LE MARÉCHAL BUOEAUD.
tantes, à celui de ses divisionnaires dans les talents et la loyauté duquel il avait le plus de confiance, le général Bedeau. Mais les fatigues d'un séjour trop prolongé en Algérie avaient altéré la santé de Bedeau, qui, à cette époque, commandait la province de Constantine, et avait dû, dès le 16 juillet, se rendre luimême en France en congé.
C'était au commandant d'Oran, au général de Lamoricière, que revenaient dès lors l'honneur et la responsabilité du gouvernement intérimaire.