‹ Le Maréchal Bugeaud: d'après sa correspondance intime et des documents inédits, 1784-1849Chapitre 35 sur 206 · CHAPITRE n · texte numérisé non relu

CHAPITRE n

face, de pénétrer dans leur demi-cercle. Loin de nous la pensée de comparer à un simple jeu d'enfants les veilles et les fatigues surhumaines de notre armée d'Afrique pendant l'hiver de 1845 à 1846. Mais, cette réserve faite, nous nous arrêterons à une pareille image, parce qu'elle représente bien les marches et contremarches de nos colonnes luttant d'énergie et d'activité pour empêcher l'ennemi de pénétrer dans le Tell.

Par l'ennemi, l'on entend désigner ici l'adversaire principal, Abdel-Kader; car nous en avions un autre. Le loup se trouvait dans la bergerie dans la personne de Bou-Maza. Ce dernier était aussi difficile à joindre dans l'intérieur que l'Émir sur notre périmètre. D'ailleurs les Bou-Maza se multipliaient; il en avait surgi successivement une douzaine , se distinguant par des surnoms, mais s'appelant tous Mohammed ben Abdallah. Une vieille légende musulmane voulait alors qu'un certain Mohammed ben Abdallah dût nous jeter à la mer. il suffisait qu'un fanatique isolé vint prêcher la guerre sainte, sous ce nom, pour soulever les tribus en apparence les mieux pacifiées.

Contre ces ennemis de l'intérieur, le maréchal avait organisé aussi une pléiade d'intrépides gens de guerre qui ne le cédaient point aux autres en énergie. C'étaient, outre Bedeau, Comman à Blidah; Saint- Arnaud à Orléansville ; Canroberl à Tenès ; Bourjolly à Mostaganem ; Eynard avec un corps mobile sur le Chélif (1).

(1) On doit ajouter à ces noms illustres ceux du lieutenant -colonel Bosquet, chef du bureau arabe à Mostaganem, du capitaine Trochu, aide de camp du maréchal. Il faut noter comme curiosité le nombre singulier

Nous eûmes simultanément jusqu'à dix-huit co- ^ lonnes en mouvement.

L'incendie, il est vrai, se manifestait, partout à la fois, dans le Dahra, sur le Chélif et ses affluents; sur la lisière du Maroc, et dans le petit Désert du Tittery.

Avant d'en venir aux opérations personnelles du maréchal contre TEmir, nous nous occuperons sommairement des soulèvements de l'intérieur. Au cours de l'été, plusieurs cliérifs avaient prêché isolément la guerre sainte, plus spécialement dans la région comprise entre le Chélif et la mer; plusieurs aussi ' avaient été livrés à l'aulorité française qui avait sévi sans pitié.

i\ous citerons, h litre d'exemple, l'histoire d'un Mohammed ben Abdallah qui parut au commencement de septembre 1845 chez les Beni-Ferah et les Beni- Menacer. Le commandant supérieur de Cherchell fît sortir 350 hommes pour dissiper le rassemblement. Un combat très vif eut lieu le 6 septembre, dans rOued-M(»selmoun. Nous avions eu déjà cinq tués et vinf(t-deux blessés, quand, au milieu d'un feu des plus vifs, le chef du bureau arabe de Cherchell, Moullé, et Tagha des Beni-Menacer sortirent des rangs, représentèrent aux insurgés leur folie, leur promettant Taman s'ils livraient le fanatique. Une heure après, Ir chérif Mohammed garrotté, avec son domestique, était amené à Cherchell sous l'escorte de

de ces soldats de 1845 destinés à gagner le bâton de maréchal de France. Trois d'entre eux, Cavaignac, Trochu, Mac-Mahon, étaient deslinéi à détenir chefs de TËtat.

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