‹ Le Maréchal Bugeaud: d'après sa correspondance intime et des documents inédits, 1784-1849Chapitre 36 sur 206 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

vingt-sept de ces mêmes Beni-Menacer qu'il venait d'entraîner au combat.

Condamnés à mort h Alger par les diverses juridictions militaires (2' conseil de guerre et conseil de revision), ces deux malheureux furent ramenés, pour être exécutés, au milieu même de la tribu qu'ils avaient soulevée. Il n'y ^ul pas plus de merci pour le Sancho que pour le Don Quichotte.

Son histoire était celle de tous les prêcheurs de guerre sainte [Djehed) qui ont précédé et de tous ceux qui devaient surgir. Un homme se présente, seul, aux Arabes un jour de marché, un chapelet à la main, quelques versets du Coran à la bouche. Ceux qui l'écoutent vont peut-être l'acclamer, peut-être le livrer; plus souvent le suivre d'abord et le livrer ensuite !

Le jour même de l'exécution du Bou-Maza des Beni-Menacer (22 septembre), — et ce jour était aussi celui du combat de Sidi-Brahim, — un autre Mohammed ben Abdallah , le vrai Bou-Maza^ tombait à l'improviste sur la colonne BourjoUy manœuvrant sur le haut Riou et l'obligeait à rétrograder. Le 23, àTouazi, le général vit son arrière-garde chaudement attaquée ; les escadrons du 4** chasseurs d'Afrique durent charger vigoureusement pour dégager le 9* chasseurs d'Orléans, dont le commandant Cler eut le genou percé d'une balle. Le colonel Berthier, officier d'ordonnance du Roi,futtué en conduisant cette charge. La colonne, poursuivant cette retraitepénible,arrivaàRelizanele 25.

Bou-Maza poussa jusqu'aux jardins de Mostaganem, d'où il fut repoussé par le lieutenant-colonel Mel-

liiiel. Rejoint successivement par le colonel Géry, puis par le général do Bourjolly, Bou-Maza prit la fuite non sans perle. Mais, loul Thiver, il lint en haleine Saint-Arnaud, commandant d'Orléansville, et Canrobert, commandant de Tenès. Ce dernier devait lui infliger un échec sévère à Badjena les 29 et 30 janvier 1846. Atteint, le 15 mars, h l'Oued Ksa par Saint- Arnaud, Bou-Maza reçut dans celle affaire une blessure au bras dont il ne guérit jamais. 11 fut châtié de nouveau les 23 et 24 avril par Canrobort à Sidi-Klialifa. Voilà pour ce qui concerne le vrai Mohammed ben Abdallah, que nous connaissons sous le nom de Bou- Maza. Quant h ses homonymes ils pullulaient. La correspondance du colonel Saint-Arnaud en porte notamment témoignage (1),

Le 3 novembre, un chérif de vingt ans, désigné plus spécialement sous le nom du Bon-Mazade^ Beni-Zoug- Zoug élait parvenu à soulever les tribus du Chélif entre Orléansville et Milianah, et avait effectué une razzia sur les Ouled-Segris. Informé, le général Comman hâta sa marche vers Milianah afin de rassurer ' les tribus fidèles. Les Beni-Zoug-Zoug arrêtèrent ce fanatique et le conduisirent h Milianah, où il fut remis au commandement supérieur.

(I) « Tous ces chérifs [cheurfa), écrit-il le 3 novembre, paraissent et disparaissent. »

Puis, le 6 décembre : « Je poursuis à mort les chérifs, qui poussent comme des champignons. C'est un dédale : on ne s'y reconnaît plus. Depuis rainé, Bou-Maza, nous avons Mohammed-bel-Cassem , Bou-Ali , Âli-Chergui, Si-Làrbi, Bel-Bej, euriu je m'y pénis. J'ai déjà tué Ali-Chergui chez les Modjaja, je viens de tuer Bou-Ali chez les Beni-Derjin. Je voudrais bien aussi mettre la main sur Ben-Uinni. »

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