‹ Le Maréchal Bugeaud: d'après sa correspondance intime et des documents inédits, 1784-1849Chapitre 37 sur 206 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

« Cet homme, dit le Moniteur Algérien^ qui n'a pas plus de vingt à vingt-deux ans, est d'un fanatisme et d'une arrogance incroyables. Il a déclaré à ceux qui l'ont interrogé qu'il était l'envoyé de Dieu et d'un grand marabout, suscité pour soulever les populations de l'Est et faire triompher la religion des trois croyants (1). »

Ce malheureux fut condamné à mort par jugement du conseil de guerre du 15 novembre. On l'a considéré comme le frère de Bou-Maza, parce qu'il le déclara devant la justice. Mais les Arabes fanatisés se disent souvent frères l'un de l'autre, sans qu'il y ait entre eux d'autres liens que des liens spirituels. L'identité du prénom Mohammed ben Abdallah rend improbable la fraternité du sang.

Un autre Mohammed ben Abdallah surgit, dès le 20 septembre, dans le Djebel Dira, au sud du ïittery. Celui-là commença par décapiter nos caïds. Le

(1) Les journaux du temps et les Annales algériennes ont reproduit rinterrogatoire du prétendu frère de Bou-Maza (Mohammed ben Abdallah) ; ses réponses, à la veille du supplice, étaient empreintes d'une grande élévation de sentiments.

D. Qu'avei-vous à reprocher aux Français? Des vols, des exactions, des injustices, des crimes? Dites sans crainte la vérité?

K. Rien de tout cela; les Arabes vous détestent parce que vous n'avex pas la même religion qu'eux, parce que vous êtes étrangers, que vous venez vous emparer de leur pays aujourd'hui, et que demain vous leur demanderez leurs femmes et leurs enfants. Les Arabes disent à mon frère : Guidez-nous, recommençons la guerre; chaque jour qui s*écoule consolide les chrétiens ; finissons-en sur Theure.

D. Beaucoup d'Arabes savent nous apprécier et nous sont dévoués.

R. Il n'y a qu'un Dieu. Ma vie est duns sa main et non dans la vôtre ; Je vais vous parler franchement. Tous les jours vous voyez des musulmans vous dire qu'ils vous aiment et sont vos serviteurs. Ne les croyez pas! Ils vous mentent par peur ou par intérêt. Chaque fois qu'il viendra un chérif qu'ils jugeront capable de vous vaincre, ils le suivront, fût-ce pour vous attaquer dans Alger.

D. Comment les Arabes peuvent-ils espérer nous vaincre, conduits par des chefs qui n'ont ni armée, ni canons, ni trésors?

R. La victoire vient de Dieu ; il fait, quand il le veut, triompher le faible et abat le fort.

général Marey se mit à sa poursuite avec une colonne ne comptant pas moins de 3,000 hommes et le rejeta dans le Djurjura, où il tint lèle en novembre non seulement h la colonne Marey, mais encore à la colonne d'Arbouville venue do Sétif. On ne put s'en rendre maître.

Il rejoignit Ben-Salem, et nous inquiéta toute la fin de celte campagne sur nos lignes de TEst. Le général d'Arbouville, de mt^me que Saint-Arnaud sur leChélif, signala dans le Mamza plusieurs autres chérifs aussi réputés Bou-Maza.

Nous retrouvons un autre Mohammed beh Abdallah h rOuest, devant lo général Cavaignac. Celui-là, du surnom d'El-Fadel, se prétendait Jésus ressuscité (1).

De graves embarras nous ont été suscités en Afrique, chaque jour, par ces sortes d'apôtres. Nous ne saurions désapprouver la justice militaire qui doit, quand

(1} Ou a recueilli une lettre d'El-Fadel adressée au général Cavaignac. Elle est pleine de fierté.

Mohammed hen Abdallah {Sidi el Fadel)^ au général Cavaignac,

Louange au Diou unii|up .' Personne ne lui est associé. Du serviteur de son Dieu Mohammed ben Alwlallah au chef français, salut sur quiconque suit la vraie voie. Sachez que Di«'u m'a envoya vers vous et vers tous ceux qui sont dans l'erreur sur la terre. Je vous dis que Dieu nous a ordonné de vous dire : Il n'y a d'autre Dieu que Dieu et Mohammed est son Prophoto. N'admettez pas d'autre religion, Dieu n'en admet d'autre que l'Islamisme. Que le juif dise au chrétien qu'il est athée et réciproquement. La vérit4^, ])0ur tous deux, serait de témoigner en faveur du prophète Mohammed.

Cessez de commettre linjustioe et le désordre. Dieu ne l'aime pas. Sachez qu'il m'a envoyé pour que vous vous soumettiez à moi. Il a dit : Soumettez-vous à mol l't il mon «uivoyé !

Vous savez qu'il doit venir un homme qui régnera a la fin des temps. Cet homme r'est moi, Mohammed, envoyé par Dieu et choisi parmi les plus saints de la suite du Prophète. Je suis l'image de celui qui est sorti du souftio de Dieu.

Je suis l'image de Notre-Seigneur Jésus. Je suis Jésus ressuscité, ainsi que chacun sait, croyant à Dieu et à son prophète. Si vous ne croyez pas aux paroles que je vous dis en son nom, vous vous en re|»entircz, aussi sûr qu'il y a au ciel un Dieu ayant le pouvoir de tout faire.

Page 1