CHAPITRE II
Son entrée, dans ce jour d'émotions, fut l'occasion des manifestations les plus touchantes. L'intrépide maréchal, avant de prendre un instant de repos, passa en revue les deux bataillons de la milice d'Alger qu'il trouva sur pied.
Cette campagne pénible a été décrite à grands traits d'une plume magistrale par le général Trochu, qui, en qualité d'aide de camp, n'avait point quitté le maréchal et avait partagé toutes ses fatigues. Nous ne saurions mieux faire que de citer in extenso ce récit remarquable, qui mentionne en termes émus les incidents de guerre et le triomphe improvisé au retour :
Cette campagne n*apas été la plus féconde en périlleux et brillants combats, mais la plus étendue, la plus aclive et la plus efficace de toutes celles qui ont rempli et honoré son gouvernement de TAlgérie.
Dix-huit colonnes mobiles furent mises en mouvement. Celle que commandait le maréchal en personne ne comptait pas plus de 2,500 baïonnettes et 400 sabres. Des marches, des contre- marches, des fatigues écrasantes, des efforts inouïs furent imposés à toutes ; mais pas une, à proprement parler, ne combattit sérieusement Tennemi, qui, ne s'étant organisé nulle part, demeurait insaisissable, on pourrait dire invisible. La petite cavalerie du maréchal rencontra seulement à Temda celle d*Abdcl-Kader, qui ne fit pas grande contenance et s*en alla de très bonne heure, paraissant obéir à un mot d*ordre de dispersion. Finalement, lorsque les dix-huit colonnes épuisées étaient au loin, en opération, celle du maréchal entre Médéah et Boghar, on apprit soudainement qu^Abdel- Kader, les tournant toutes avec 2,000 cavaliers du Sud, avait
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pénétré par la vallée de Tisser jusque chez les Khrachna dont il avait tué les chefs nos agents et pillé les tentes. Il était donc à rentrée de la Mitidja, la plaine de la grande colonisation, défendue seulement par trois ou quatre douzaines de gendarmes dispersés, à douze lieues d'Alger qui n'avait pas de garnison, et où un bataillon de condamnés, outre la milice, dut être formé à la hâte et armé. L'alerte fut des plus vives ; Alger ne courait là aucun risque, ni l'Algérie non plus, car la pointe audacieuse d'Abdel-Kader ne pouvait être qu'une incursion; mais les oreilles des colons de la Mitidja l'échappèrent belle!
La sérénité du maréchal dans cette redoutable crise, on pourrait dire sa gaieté, nous remplit d'étonnement et d'admiration. Ce calme profond d'un chef responsable sur qui la presse algérienne et métropolitaine s'apprêtait à déchaîner toutes ses colères, et aussi des veilles continuelles, des fatigues excessives pour son âge, furent, dans cette campagne ultra laborieuse de près d'une année, des faits qui mirent dans un nouveau relief la vaillante organisation morale et physique du gouverneur. Mais son rôle dans l'action ne différa et ne pouvait pas différer de celui des autres généraux lancés comme lui, avec de petits groupes, à la poursuite d'un ennemi qui n'avait pas de corps et se montrait partout inopinément, alors que les populations indigènes, d'ailleurs restées en intelligence avec lui, s'étaient généralement soumises et avaient repris leurs campements accoutumés.
La guerre se termina tout à coup, comme il arrive si souvent, par un hasard qui fut un coup de fortune inattendu. Les cavaliers d'Abdel-Kader étaient des gens du Désert, grands pillards, et qui, une fois gorgés de butin, n'avaient plus, selon leur coutume, qu'une préoccupation, celle de le remporter à leurs tentes, entreprise qni avait ses difficultés et ses périls. En ce moment, dix compagnies de jeunes soldats