‹ Le Maréchal Bugeaud: d'après sa correspondance intime et des documents inédits, 1784-1849Chapitre 41 sur 206 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

si péniblement institué par nous, et livrer à la vengeance implacable d'un chef irrité tous les hommes compromis pour notre cause.

Gomment plus tard aurions-nous pu reconstituer ce gouvernement si nous avions lâchement abandonné les chefs qui, presque tous, nous sont restés fidèles?

Il fallait tout conserver : vous Tavez fait en multipliant votre action et vos forces par la mobilité et le concours mutuels que se sont prêtés les trois divisions de Tarmée.

Toutes les insurrections de quelque importance ont été successivement vaincues ; vous n'avez pas permis à Tex-Émir de s'asseoir ni de rien organiser nulle part. A peine arrivait-il sur un point que vous y paraissiez. Après avoir échoué dans tout le Tell, de la frontière du Maroc au Djurjura, il s'est vu forcé de chercher un appui dans la grande Kabylie. Vos colonnes l'y ont suivi de près, et,, par leur attitude énergique, elles ont déterminé les Kabyles du Nord à le repousser de leur paya. Il a cru pouvoir s'arrêter chez ceux du Sud : vous l'en avez bientôt chassé. En fuyant, il a tenté un coup de main sur nos alliés. Le colonel Gamou, à Boïn, comme le général Gentil sur l'Isser, ont converti son entreprise en un grand échec.

Le général Yusuf l'a poursuivi dans le Désert, l'a atteint le 13, à dix-huit lieues du sud de Zarhez, c'est-à-dire à près de dix lieues du Tell. Ses pertes matérielles, en cette occasion, sont considérables, mais l'atteinte portée à son influence est bien plus considérable encore. Gomment pourra-t-il, sous le coup de deux défaites, exécuter les projets qu'il avait formés contre le sud de la province de Gonstantine?

Abdel-Kader cherchera de nouveaux soldats pour vous attaquer encore sur les points oîi il croira vous trouver faibles. Vous y accourrez, vous finirez par lasser sa persévérance, et

VOUS resterez plus forts dans la conquête après cette formidable crise.

Les tribus kabyles qui Tavaient accueilli ont été sévèrement châtiées ; et celles qui occupent les passages conduisant de rOuest au grand bassin du Sebaou ont été contraintes de se soumettre. Par cette annexe au pays conquis, vous avez créé une nouvelle barrière entre Abdel-Kader et la grande Kabylie du Nord.

Vous le voyez, soldats, vous n'avez rien perdu de ce que vous aviez si péniblement acquis. Vous avez appris aux Arabes fidèles à compter sur vous et forcé vos ennemis à vous craindre et à vous admirer. L'épreuve dont vous avez triomphé était inévitable : l'histoire nous avait enseigné à la prévoir. C'est donc un grand pas de plus vers le but de vos elForts, et vous pouvez aujourd'hui garantir à la France que son empire en Afrique ne sera pas ébranlé par cette grande révolte, ni par celles qui se reproduiront dans l'avenir, et en vue desquelles nous devons rester toujours vigilants.

En dominant les dernières circonstances, vous avez franchi la mauvaise saison ; il deviendra chaque jour plus facile de compléter votre œuvre et d'extirper jusqu'aux derniers vestiges de l'insurrection.

Votre ardeur ne se ralentira pas au moment oîi, de toutes parts, elle est couronnée par le succès; alors que, renonçant à la défensive, vous courez à l'oiFensive à courtes distances, étendant votre bras sur les points du Désert oîi se forment les orages qui sont venus et viendraient fondre sur vous, si vous n'alliez les dissiper. Vous resterez semblables à vous-mêmes et la France reconnaissante vous honorera.

Maréchal duc d'Isly.

Les miliciens d'A]gcr, eux aussi, ne furent point

Page 1