CHAPITRE III
ABDEIrKADER DANS LE SUD. — MASSACRE A LA DËÏRA.
Abdel-Kader abandonne le Djurjura et se rejette au Sud. — Le Maroc donne asile à la Delra et aux émigrés algériens. — Retour du duc d'Aumale. — Le duc de Saxe Cobourg-Gotha et le grand-duc Constantin à Alger. — Massacre des prisonniers français à la Delra. Abdel- Kader innocent du massacre. — > Mustapha ben Thamy. — Le ministère est opposé à toute attaque contre le Maroc. — Opérations militaires. — Fondation de la ville d'Aumale. — Nouvelles de la province de Constantine. — Mariage de M^i* Léonie Bugeaud. — Le ministre de Tinstruction publique, M. de Salvandy, visite l'Algérie. — Adresse des chefs arabes au maréchal.
Le temps de repos que le maréchal prit à Alger, après sa campagne de cinq mois, ne fut que de huit jours. Le 5 mars, il se mettait de nouveau en route dans la direction de TEst. Il s'était fait précéder par la proclamation suivante :
Le Gouverneur Général à toutes les tribus kabyles des réveils
nord et sud du Djurjura.
Alger, 2 mars 1846.
Je vous ai écrit, il y a peu de jours, avant d'entrer chez vous pour annoncer que je ne venais pas vous faire la guerre, mais seulement pour chasser El hadj Abdel-Kader de votre pays, ainsi que tous les autres perturbateurs qui travaillaient à vous mettre en hostilité avec nous. Vous avez vu qu'aussitôt que Tez-Émir a eu quitté vos montagnes, je suis moimôme rentré à Alger.
Mais j'apprends que El hadj Abdel-Kader vous a convoqués en assemblée à Bordj-Boghni pour vous provoquer de nouveau à ce qu'il appelle la guerre sainte, comme s*il était dans la volonté de Dieu de plonger tous les musulmans dans la misère et d'en faire périr une bonne partie, comme il est déjà arrivé dans le centre et à TOuest.
Ayant épuisé toutes les ressources et la bonne volonté des Arabes, Abdcl-Kader s'adresse maintenant aux Kabyles à qui il apporte le môme sort.
Quelques-uns d'entre vous ont répondu à son appel; d'autres s'y sont refusés, et ce sont les plus sages.
Dans votre intérêt bien plus que dans le mien, je veux vous donner encore un avertissement salutaire.
Repoussez de votre sein Abdel-Kader, Ben-Salem, Bou- Chareb et tous les autres ambitieux et intrigants qui veulent vous précipiter dans les horreurs de la guerre.
Je vous déclare que je traiterai en ennemis toutes les tribus qui auront reçu et assisté ces hommes de malheur et que je respecterai le territoire de toutes celles qui n'auront pas écouté leurs funestes conseils. Elles pourront venir commercer librement avec nous; elles seront respectées, et justice leur sera toujours rendue. Les méchants, au contraire, seront traités comme ils le méritent.
L'assemblée des Kabyles à Bordj-Boghni dont parle le maréchal dans sa proclamation se tint deux fois en présence d'Abdel-Kader : le 27 février et le 5 mars. Il est probable qu'on ne tomba pas d'accord, car l'Émir s'éloigna et annonça, le 7 mars, sa marche dans la direction de l'Ouest par une grande razzia sur une tribu entre Boghar et Berouaghia.