CHAPITRE III
Le maréchal avait quitté de nouveau Alger, le 5 mars, pour se rendre par le Fondouk, où sa colonne expéditionnaire était massée, vers Bordj-Boghni, lieu même où s'était réuni le conseil de guerre de l'Émir et des Kabyles.
A la poursuite d'Abdel-Kader était alors lancée la colonne de cavalerie de Yusuf et une colonne d'infanterie, sous les ordres du lieutenant-colonel Camou. La nouvelle de la razzia accomplie par l'Émir étant connue, le colonel Camou se mit à sa poursuite et l'atteignit quarante-trois heures après. Il lui reprenait 2,500 têtes de bétail, 1,000 chameaux, 250 chevaux (1).
Le combat du 10 mars, dans lequel Abdel-Kader avait failli être pris, inspira au maréchal pour le brave colonel Camou une singulière estime (2).
Quant au maréchal, dans l'impossibiHté de suivre de
(1) Cette affaire et la poursuite ultérieure de l'Emir par la cavalerie de Yusuf sont l'objet de récits détaillés au Moniteur Algérien de mars 1846.'
On y voit, au moment de l'attaque, Abdel-Kader paraissant au milieu de quatre étendards déployés, hésitant à combattre, puis prenant résolument la fuite en abandonnant le bétail et la queue de son convoi. Pour arriver à oindre l'Émir, l'infanterie de Camou avait fait onze lieues sans eau.
Le lendemain, il fut rejoint par le général Yusuf ayant avec lui le colonel de Noue, et les commandants Carbuccia et Sutton de Clonard, ce dernier proche parent du maréchal.
Le 12 on retrouva les traces de l'Émir. On marcha toute la nuit, suivant la piste au clair de lune.
Le 13 au matin, au sud du lac de Zarhez, on vit l'Emir s'enfuir au milieu d*un groupe. Nos cavaliers les mieux montés, notamment beaucoup d*officiers, firent la chasse, tuèrent quelques réguliers et prirent deux drapeaux.
La cavalerie continua seule la poursuite. Yusuf arriva trente heures après l'Émir au delÀ de Taguin dans la petite ville de Zenina, qu'il châtia sévèrement. L'Émir se jeta dans le Djebel Amour et de là dans l'Ouest.
(2) Camou, né en 1799. Il embrassa à l'âge de seize ans la carrière militaire. l\ fut nommé capitaine en 1823, colonel en 1844, général de brigade en 1848 et général de division en 1852 (garde impériale). Mort en 1869.
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sa personne un adTersaire qui araît une telle ayance, il revint à Algrer treize jours seulement après l'avoir quitté. Le 18 mars au soir, il y rentra, devançant Tannée de vingt-quatre heures et ayant fait dix-sept lieues dans sa journée. Cette fois, la foule ne se trouva pas sur son passage. Elle assistait, au même moment, au débarquement du duc dWuniale et de son beau-frère le prince de Saxe-Cobourg. Comme Bedeau, le duc dWumale revenait en Afrique à Theure du danger. Peu de jours après son arrivée, il prenait le chemin de rOuarensenis, accompagné du commandant Rivet (1). La fin de celte campagne est racontée par le maréchal dans la lettre ci-dessous qu'il adressait à son ancien interprète Léon Roches (2), alors secrétaire de
(1) Rivet Marie- Constant-Alphonse, né en 1810, sortit de TEcole polytechnique pour entrer en 1831 à TÉcole d'application de Metz. Dès 1833, il passa en ÂXriqueoù il fit la guerre pendant plus de vingt ans. Il se signala à Constantine, dans TOuarensenis, à Isly et fut mis, de 1834 à 1845, qua- .torze fois à Tordre du jour pour de brillants faits d'armes. Capitaine en 1840, il fut bientôt après, en 1842, attaché au maréchal Bugeaud et directeur des affaires arabes. Colonel du 8« hussards, il fut chef d'état-major du duc d*Aumale en 1847; général en 1852, il entra en France; puis, sur sa demande, regagna le chemin de l'Afrique où il prit part aux expéditions de Kabylie, comme chef d'état-major général. Appelé à faire partie du corps expéditionnaire de Tannée d'Orient, il se trouva au passage de TAlma et au siège de Sébastopol. Frappé d'un biscalen à la prise de cette ville le 8 septembre 1855, il mourut dans la journée. Le général Rivet, officier de grande valeur, était appelé par l'élévation de son caractère et son intelligence à une carrière brillante. De tous ses officiers d'ordonnance et aides de camj), c'était Rivet que le maréchal Bugeaud estimait lo premier.
(2) Lorsqu'il s'était agi de procéder à la délimitation du Maroc, le maréchal exigea que M. Roches fût attaché à la mission du général de la Rue. Le traité do délimitation fut fait et notre chargé d'affaires au Maroc, M. de Château, écrivit au ministère des aflfaires étrangères que l'empereur du Maroc refusait de le ratifier. C'est alors que M. le général de la Rue, revenu à Alger, écrivit à M. Roches d'aller lui-même obtenir la ratification.