‹ Le Maréchal Bugeaud: d'après sa correspondance intime et des documents inédits, 1784-1849Chapitre 45 sur 206 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

légation à Tanger. Les affaires du Maroc tenaient encore, on le voit, une grande place dans les préoccupations du gouverneur général.

Le maréchal Bugeaud à M. Léon Roches, à Tanger*.

Alger, le 6 avril 1846.

Mon bon Roches,

Je fais partir demain le bateau à vapeur FEtna chargé de deux missions également urgentes. La première est d*apporter à Oran des lettres très importantes pour les généraux de Lamoricière et Cavaignac, dont il doit me rapporter les réponses, à son retour de Tanger.

La deuxième est d'aller à Tanger et de m'éclairer, au moyen de renseignements que vous ne manquerez pas de m'envoyer, sur les intentions de nos voisins du Maroc.

Le jeune interprète réussit, grâce à sa connaissance des affaires arabes, à obtenir la ratification à Tanger et revint à Paris rapporter le texte du traité.

Sur ces entrefaites était survenue Taffaire de Sidi-Brahim, qui causa une si profonde émotion en France. Le maréchal voyait ainsi compromis les résultats de ses victoires et Teffet moral du traité de délimitation. Abdel- Kader, en effet, semblait braver nos armes, et il était du plus grave et du plus urgent intérêt d'obtenir immédiatement de l'empereur du Maroc des satisfactions éclatantes et des mesures capables d*empécher Âbdel- Kader de renouveler de pareilles entreprises. En présence des lenteurs calculées de la cour du Maroc, il était impossible d*obtenir satisfaction.

C'est alors que M. de Château, qui avait accepté comme collaborateur dans sa difficile mission M. Roches, nommé secrétaire de légation par M. Guizot, Tautorisa à se rendre à Rabat oii se trouvaient l'empereur et son premier ministre. Le jeune diplomate-interprète, qui s'était inspiré depuis longtemps, grâce à son intimité avec le maréchal, de la promptitude et de la hardiesse de ses résolutions, mit de côté toutes les règles du cérémonial et obtint du premier ministre les satisfactions demandées . Fait inouï jusqu'à ce jour, il reçut la confirmation de la bouche même de l'empereur, qui lui accorda une audience dans son palais de Rabat. — Un mois après, M. Roches ramenait triomphalement en France l'ambassadeur de Mouley Abder-Rhaman, qui avait été désigné par l'empereur lui-même dans cette audience. (Décembre 1845.)

J^écris aux généraux de Lamoricière et Gavaignac, pour les consulter Tun et l'autre sur différentes questions d*un intérêt tout actuel. En voici le résumé :

1^ Est-il utile et d'une bonne politique de faire contre la Deïra d'Abdel-Kader une expédition plus sérieuse que les deux précédentes? Peut-on réunir les moyens nécessaires pour faire cette expédition, restant capable de faire échouer les entreprises que TÉmir pourrait diriger sur toute la ligne du Sud, s'il s'obstine à ne pas rentrer dans le Maroc, ou si,, une fois rentré, il profite des embarras de notre entreprise pour nous attaquer de nouveau sur cette ligne?

Avant de vous entretenir de ma manière de voir à cet égard, je veux vous faire connaître très rapidement les événements qui se sont déroulés autour de nous depuis votre départ d'Alger.

Abdel-Kader, apprenant l'approche de ma colonne et n'ayant pas trouvé de sympathies assez vives chez les Kabyles du Djurjura^ a quitté, le 6 mars, le pays des Beni-Yala se dirigeant vers le Sud avec 2,000 cavaliers et un convoi de 800 cavaliers ou chevaux de bât.

Le 7, il fit sur notre agha Ghourar au sud d'Oîra une grande razzia, et déjà il ramenait en triomphe les dépouilles de nos malheureux alliés, les femmes et les troupeaux.

Le colonel Gamou, qui se trouvait à cinq lieues environ du lieu de la razzia, accourut sur lui avec trois petits bataillons et 250 chevaux. Notre poignée de cavaliers attaqua avec tant d'intrépidité les 2,000 chevaux de l'Émir que non seule* ment nous reprimes toute la razzia, mais qu'il s'ensuivit pour l'ennemi une défaite complète. L'Émir n'avait là que 300 réguliers quisedéfendirent vaillamment ; 120 restèrent sur le champ de bataille, parmi lesquels Ouled Tefenchir, OuledGaïed^ Bou- Khelika. Les cavaliers de Ghourar nous secondèrent admirablement dans cette brillante journée et prirent à l'ennemi plus

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