‹ Le Maréchal Bugeaud: d'après sa correspondance intime et des documents inédits, 1784-1849Chapitre 46 sur 206 · CHAPITRE m · texte numérisé non relu

CHAPITRE m

de 400 chevaux sellés et bridés. Abdel-Kader a couru personnellement de grands dangers ; il a eu deux chevaux tués sous lui. Le vieux Berkani; dépouillé par nos Arabes, a été laissé nu sur le terrain ; le hasard n'a pas voulu que nos cavaliers le tuassent en passant.

Tandis que ce drame se passait, le général Yusuf se disposait à faire une pointe chez les Ouled-Naïl, de sorte qu'il se trouva tout prêt à reprendre la chasse avec 500 chevaux réguliers et des soldats bons marcheurs. Après avoir rejoint le colonel Camou le 9, il fit route vers le Sud sur les traces des fuyards. Abdel-Kader venait de rallier ses 800 mulets et prenait à marches forcées la route de Bou-Sâda. Le général Yusuf parvint à faire monter sur des bêtes de somme 500 hommes d'élite dlnfanterie, et, après 36 lieues faites en très peu d'heures de jour et de nuit, il atteignit enfin le camp de l'Émir, qui ne songea pas à faire la moindre résistance. Les 800 mulets furent pris, bon nombre de réguliers tués et Abdel-Kader, poursuivi longtemps par nos officiers les mieux montés, disparut vers le Sud avec seize des siens, les seuls qui purent lui faire cortège au milieu de ce désordre. Il ne s'arrêta qu'à Messâd dans le fond des Ouled-Naïl, où il put enfin rallier ses débris.

Le général Yusuf recueillit sur son champ de bataille du 13 l'interprète Lévy, fait prisonnier à l'affaire malheureuse de Sidi-Brahim, et le lieutenant Lacoste livré, comme vous le savez, à nos ennemis par suite d'une infâme trahison. Ces deux infortunés étaient percés, chacun de trois balles, lorsqu'ils tombèrent en notre pouvoir. L'Émir, en se sauvant, avait eu la lâche cruauté de les faire assassiner. M. Lévy est mort quelques heures après sa délivrance. M. Lacoste est à l'hôpital de Boghar; on espère le sauver.

Le général, après avoir donné quelque repos à ses troupes

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et avoir refait ses vivres, marcha de nouveau sur rÉmir, qui n*osa pas Tattendre à Messâd et prit la direction de Zenina. Le général arriva à Zenina douze heures après le départ de rÉmir, qui s'était porté à Sidi-Bou-Zid, où le général faillit encore Talteindre, le 2:2.

De Sidi-Bou-Zid, Abdcl-Kader s*est retiré dans le Djebel Amour en un point nommé Grhicha, près d*un lieu fortifié nommé El Gada. Le général Yusuf, le suivant toujours, arriva jusqu^à six lieues d'ËlGada; TKmir se retira alors chez les Ouled-Sidi-Cheikh.

Le manque do vivres força alors notre colonne à regagner El Beïda, où devait arriver un grand convoi de Boghar. Le général, s'étant ravitaillé pour quinze ou seize jours, allait se diriger de nouveau vers TOuest, traverser le Djebel Amour et reprendre la piste de noire ennemi, lorsqu'il apprit toutàcoup qu*Abdel-Kader avait quitté les Ouled-Sidi-Cheikh pour se porter de nouveau vers TEst et qu'il était le premier au Djebel Serra chez les Ouled-Naïl.

Les projets du général ont dû être immédiatement changés; en conséquence il s'est dirigé avec sa colonne vers le Djebel Serra, bien décidé à poursuivre avec acharnement notre incroyable adversaire.

J'avoue que je no m'attendais pas à ce nouveau mouvement de l'Émir, qu'il n'a fait, sans doute, qu'après avoir reçu des renlorts de sa Deïra. On nous a dit en effet que 200 chevaux lui avaient été envoyés par Bou-Hamidi. Au moment OÙ j'ai reçu cette nouvelle, j'allais m'embarquer pour Cran; je voulais m'y rencontrer avec les généraux de Lamoricière et Gavaignac. J'ai cru devoir renoncer pour le moment à ce voyage; d'ailleurs j'ai contracté, depuis quelques jours, une aifeclion catarrhale très violente qui me retient au lit avec une forte lièvre.

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