‹ Le Maréchal Bugeaud: d'après sa correspondance intime et des documents inédits, 1784-1849Chapitre 5 sur 206 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Toutes ces circonstances, écrit le maréchal en faisant, dans les colonnes de son Moniteur Algérien^ un retour sur les théories des Chambres et des journaux de la métropole, doivent prouver aux partisans du système pacifl(|tie que nous devons rester forts et vigilants ; que nous ne pouvons désarmer en présence d*un peuple belliqueux qui est comprimé, mais ne sera de longtemps assimilé.

D'autres indices d'agitation insurrectionnelle (1) amènent le maréchal à protester contre l'éternel reproche adressé par le civil au militaire, celui de fomenter ou même d'inventer la guerre par intérêt.

Voilà ce qui devrait prouver aux plus obstinés dans le système pacifique que nous devons être militants jusqu*à ce que nous n*ayons plus d^ennemis. Mais comment supposer qu*on pourrait être assez barbare et assez stupide pour faire * la guerre sans nécessité et pour le seul plaisir de guerroyer? Nos troupes n'ont-elles pas eu cette jouissance a satiété depuis quinze ans? Voit-on que nous attaquions les tribus soumises dans une zone à cinquante lieues de la mer? Loin de là, nous les administrons, nous nous occupons de leurs intérêts, de leur religion, de leur justice. Nous leur faisons des barrages, des routes, des ponts, et nous ne faisons

(1) Les faits de guerre du printemps de 1845 dont il s'agissait étaient les suiyants : *

Quelques tentes des Beni-Amer s'étaut déplacées pendant la nuit pour émigrer au Maroc, le commandant Vinoy, du poste de Sidi-bel-Abbès, mit à leur poursuite un douar... Un combat s'est engagé dans lequel les nôtres sont restés maîtres du terrain ; mais ils ont eu 5 hommes tués, 12 blessés, et n'ont pu ramener l'émigration.

...Le khalifat de Laghuuat, se rendant à Médéah avec les troupeaux de Vimpôt de la Zekka, a été attaqué dans le Désert par un chef dissident des Ouled-Naîl, nommé Bedly. Sa troupe a été dispersée ; il a perdu troupeaux, tentes et bagages ; toutefois il a rallié Médéah avec la plus grande partie de sa suite. Le général Mareyne tardera pas à se porter en avant. {Moniteur du 15 avril.)

la guerre qu'aux voleurs de grand chemin. Encore ce sont les tribus elles-mêmes qui les arrêtent (1) et non pas les soldais.

La lettre ci-jointe adressée à celle même époque par le maréchal au colonel de Saint-Arnaud est des plus instructives. Elle contient en dehors d'éclaircissements sur des faits de guerre, sous une forme brève et saisissante, les principes de guerre pratiqués par le grand soldat dans sa lutte avec les Arabes.

Le maréchal Bug eaud^ gouve/meiir général de f Algérie , au colonet de Saint-Arnaud, commandant la subdivision d'Orléansville,

Alger, le 24 avril 1845.

Mon cher Saint-Arnaud,

Sachant ce que sont les Beni-Hidja qui ont attaqué deux fois notre petit camp en avant de Tenès, je dois craindre que rinsurrection ne gagne toutes les montagnes de TEIst et je prends des mesures en conséquence. Je suspends mon mouvement dans Test d'Alger ; je fais partir de Milianah un bataillon du 6 i' pour vous rejoindre avec un convoi de farines. Ce bataillon et les 500 hommes du bataillon d'Afrique resteront à votre disposition jusqu'à ce que le plus grand calme soit rétabli autour de vous, dans toute votre subdivision et dans tout le Dahra. Vous aurez ainsi sept bataillons; j'espère que vous pourrez marcher avec cinq au moins, six seraient encore mieux, afin de ne pas éprouver l'apparence d'un insuccès qui pourrait exalter la présomption de nos ennemis.

(1) Allusiou à diverses urreslatioDS de prêcheurs de guerre saiote faites spontanément par des tribus soumises.

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