‹ Le Maréchal Bugeaud: d'après sa correspondance intime et des documents inédits, 1784-1849Chapitre 6 sur 206 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Ne vous occupez pas de la rive gauche, où, m'écrit-on de Milianah, il y a déjà des prédications de révolte. Je me porterai vers Milianah, le 3 mai, avec une colonne suffisante pour faire repentir TOuarensenis de ses tentatives. De là, je serai aussi en mesure d*agir contre les Beni-Ferah et Zatima. C'est un moment de crise à passer, j'espère qu'il tournera au profit de notre domination.

Mais, pour que cela soit, il faut frapper très durement sur les insurgés et opérer, autant qu'il se pourra, le désarmement et l'enlèvement des chevaux.

La tribu des Beni-Hidja mérite le châtiment le plus sévère et le plus exemplaire; il faut vous attacher à elle avec persévérance comme un fléau. Arrachez-lui toutes ses récoltes; coupez-lui ses arbres fruitiers de toute espèce; qu'elle soit ruinée pour longtemps, à moins qu'elle ne consente à remettre ses fusils, ses chevaux et une forte contribution de guerre.

Le général de Bourjolly ne pourra pas rester longtemps dans le Dahra, parce qu'H aura besoin d'aller surveiller de près le pays sur la Mina. Mais, en s'en retournant, il peut encore, si cela est nécessaire, fouler le pays des ennemis, après s'être bien ravitaillé à Tenès ou à Orléansville. Je lui écris dans ce sens. S'il était nécessaire, vous retourneriez avec lui dans le Dahra pendant quelques jours.

Agissez de concert avec lui pour établir notre autorité d'une manière solide dans cette contrée. Elle n'avait pas assez senti le poids de nos armes, il faut le lui faire sentir à présent cruellement.

J'envoie M. le capitaine d'état-major Lapasset pour remplacer le malheureux Béatrix. C'est un homme intelligent, qui parle, lit et écrit l'arabe ; je vous le recommande particulièrement.

A présent, je veux vous parler de ce camp malencontreux en avant de Tenès, de l'autre côté de la gorge. J'ignore quel en est l'auteur? Est-ce Cavaignac ou Claparède? Quel qu'il soit, je lui en témoigne mon blâme le plus absolu. Ce sont de pareils postes créés sans nécessité, et contre tous les principes que je vous ai si souvent exposés, qui amènent des malheurs. 11 est fort heureux que le désastre n'ait pas été plus grand. Je n'avais jamais entendu parler de ce camp; on ne m'en a pas dit un seul mot dans aucun rapport. Je croyais qu'il n'y avait qu'un camp ambulant de travailleurs et même dans ce cas ne valait-il pas mieux faire rentrer, tous les soirs, les troupes à la ville, quand le travail s'exécute à une lieue seulement? J'ai ordonné de ne pas l'évacuer en ce moment, parce que cela produirait un mauvais effet moral; mais on peut l'évacuer sans scrupule quand vous agirez vigoureusement contre les Beni-Hidja.

S'il était indispensable, ce que j'ai de la peine à croire, pour les travaux de la route et de la conduite d'eau, vous le laisserez jusqu'à l'achèvement du travail. Après quoi, il sera retiré sans aucun retour sur cette décision. Si vous le gardez encore temporairement, il faut qu'il soit inexpugnable. Sans ce poste, il n'y aurait probablement eu qu'une insurrection dans le vide : l'ennemi n'aurait pas osé attaquer Tenès, puisqu'il ne l'a pas fait malgré le scindement des forces. Ce détachement de 50 à 60 hommes a tenté le Diable; c'était bien le cas de le retirer quand Claparède est sorti avec les forces les plus disponibles. 11 faut que cette rn^nie de téparpillement et de r immobilisât ion des forces soit quelque chose de bien invé- ^ téré dans les esprits, pour que, malgré nos paroles et nos écrits si multipliés contre ce système, on le suive encore si souvent.

Faites-moi connaître la situation des choses le plus souvent possible par Tenès et par Milianah.

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