‹ Le Maréchal Bugeaud: d'après sa correspondance intime et des documents inédits, 1784-1849Chapitre 57 sur 206 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

pendammenl de la comtesse de Salvandy, de JW. Xavier Marinier, homme de lettres, et de M. Mallet.

Les agents des services civils, le clergé, la magistrature, furent présentés officiellement au ministre par le maréchal au palais du Gouvernement. Mais, dès le lendemain, le 3 juillet, le maréchal parlait avec ses hôtes pour Médéah, passant par Bou-Farik et Blidah. A la sortie d'Alger, les honneurs furent rendus par le colonel Daumas, le goum des Aribs et le khalifa du Sebaou : une grande fantasia eut lieu sur la route de TAgha jusqu'à Birkhadem. Après avoir visité le monument de Beni-Mered, près Blidah, les gorges de la Ghiffa, Mouzaïa-les-Mines et Médéah, où le général Magnan fit assister ses illustres hôles à des fêtes arabes, la caravane revint par le col de Mouzaïa et Blidah.

Dans le Moniieur Algérien, le compte rendu de ce court voyage se termine par ces mots :

Grâce au voyage de M. le comte de Salvandy, le Gouvernement désormais pourra répliquer fièrement h ceux qui, sur des témoignages sans valeur, proclament qu*il n'existe encore en Algérie que des résultats factices ou négatifs.

Embarqué le 12 juillet pour Xcnès sur le Panama^ le ministre visila Orléansville dont les honneurs furent faits par le colonel Saint-Arnaud, et se rendit h Gherchell. A Tenès, où Ton trouvait déjà une nombreuse population européenne, Bugeaud eut soin de dire au ministre : « L'enfant de trois ans a grandi dans des proportions gigantesques. »

Dans le banquet offert par la population civile

d'Alger a M. le ministre de rinstruction publique, le jeudi 16 juillet 1846, le maréchal, après avoir porté u« toast , termina parées mots, empreints d'une tristesse que motivait Taltitude de ses adversaires de Paris (i) :

Vous vous ôlos écriés : Toutes les tribus ont accepté notre domination ; voilà la sécurité que nous a faite le Gouverneur général !

Messieurs, ne nous faisons pas d'illusions; car elles sont souvent suivies de déceptions décourageantes. Non, les tribus arabes n*ont point encore accepté notre domination ; elles la subissent, et cela est dans la nature des choses. Consullei riiistoire, et vous ne verrez pas un peuple accepter le joug d'un conquérant sans chercher toutes les occasions de le

• 1; « Les nouvelles d'Alger sont {^ves, » écrivait d*0rl«antviI1« le colonel Saint-Arnaud, qui en ce moment représentait bien, au milieu même de ses vivacités de lanj^a^e, l'opinion d« l'armée d'Afrique, en prétence des difiicuUés de toute sorte que le parlementarisme créait au maréchal. • On veut imposer au maréchal une administration civile et réduire rarmée. Il a envoyé sa démi>sion au Roi et au ministre, ceci entre nous. Un mois après le départ du maréchal, l'Afrique sera en feu de rEstàTOuett! Que dt* fautes, frère ! Oter le maréchal d'Afrique, c'est la perdre peut-être l Par qui le remplacer? Ni Lamoricière ni Bedeau ne sont mûrs. Changarnier n'est pas possible. Si l'on met un gouverneur civil, fût-ce Mole ou Drogliis Thiers ou Chiizot, adieu TAfrique!»

«< Je recois tes lettres de France, écrivait-il encore le 18 août. « Elles m'ont donne beaucoup à penser, comme tu peux le croire. Mais où allont-nooa? Avoc qut'ls hommes vivons-nous? Je commence à comprendre Tegolsme^ • et je rends mon estime aux égoïstes, car eux seuls, je croit, ont de Tetprit et du sens commun. Quoi! des médiocrités sous tous les costumes et tout toutes les formes, s'acharnent après le seul homme {vir) que nous ayons eu eu France! Et le gouvernement, les Bourbons de la branche cadette» (luî sont entraînés par la fatalité comme les Stuarts, laisseraient arracher de leurs mains la seule arme qui peut les défendre! Qui soutiendra la monarchie si on l'attaque à la mort du roi Louis-Philippe? Qui? qni? J'en nommerais milleet je n'en connais qu'un. Il n'y a qu'une êpêe pour les sauver, et c'est celle du duc d'isly! et ou veut lui ûter l'Afrique !«

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