‹ Le Maréchal Bugeaud: d'après sa correspondance intime et des documents inédits, 1784-1849Chapitre 58 sur 206 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

briser... Comment donc supposer que le peuple arabe, si fier, si fanatique, si belliqueux, si bien préparé pour la guerre par sa constitution sociale et agricole, accepte si promptement notre domination? Non, messieurs, non, vous aurez souvent à combattre ; il n*acceptera pas, sans secouer ses cbatnes, la cruelle révolution que vous lui apportez. Vous allez le resserrer sur son sol, vous allez le forcer à réduire infiniment ses troupeaux qui faisaient son aisance ; vous allez Tobliger à travailler durement toute Tannée^ lorsqu'il ne travaillait que trois mois pour se procurer abondance d*orge et de froment.

Les bienfaits de votre civilisation, qu'il n*apprécie pas, ne peuvent compenser de pareils sacrifices ; il aura donc sou^ vent recours aux armes...

Messieurs, je suis profondément touché de tout ce que vous venez de me dire. Après l'estime du Gouvernement et de la métropole, la vôtre m'est certainement la plus chère ; mais, quel que soit le dévouement qu'elle ravive en moi, il ne m'est pas donné, ainsi que vous m'y invitez, de compléter mon œuvre. Vous userez encore bien des gouveimeurs avant d'y paf*venir. Tout ce que je puis vous dire, c'est que, pendant le temps que mon âge me permettra de vous donner, je vous consacrerai, avec un dévouement sans bornes, toutes les forces de l'esprit et du corps.

Ayant appris le mariage de la fille de leur gouverneur, les chefs arabes du Titiery apportèrent au maréchal l'adresse suivante :

Nous demandons à Dieu qu'il prolonge tes jours, de sorte que tu puisses voir les enfants de tes enfants....

On nous a appris qu'après ce mariage, tu devais te rendre en France, pour y rester quelques jours et revenir à nous.

134 LK MARÉCHAL BUGEArD.

Celte nouvelle nous a affligés, et nous ressentons d*autani plus la peine de ton départ que nous avons été à même de reconnaître ta bonté. Nous savons que tu protèges la religion, que tu veilles sur le pauvre, que tu as fait élever des mosquées, que tu as repeuplé les écoles des marabouts, que tu as cherché à faire le bien partout, enfin que tu as rendu de grands services dans ces pays, des services sans pareils, jusqu'à ce jour, et pour lesquels tu ne seras pas surpassé dans Ta venir. En sorte que ton nom est dans toutes les bouches et prononcé à chaque instant. Si tu as parfois sévi contre les enfants du péché, ta conduite a pour nous les meilleurs fruits, c*esl par de tels moyens qu*on fonde un empire. »>

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