‹ Le Maréchal Bugeaud: d'après sa correspondance intime et des documents inédits, 1784-1849Chapitre 7 sur 206 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Il faut profiter de l'occasion pour nous former un petit territoire autour de Tenès aux dépens des tribus ou fractions de tribus qui auraient pris part à la révolte. Prenons tout ce qui est à notre convenance et faisons indemniser les expropriés par le reste de la tribu. Agissons en vainqueurs et en maîtres. Vxvictisf

Mille choses affectueuses et dévouées.

Signé : Maréchal duc d'Isly.

P, S, — Ménagez autant que possible les magasins d'Orléansville ; ravitaillez le plus possible les colonnes à Tenès pour éviter d'autant les transports de ce point à l'autre.

Quand il y avait lieu de payer de sa personne, le maréchal n'était pas homme à s'attarder dans des polémiques stériles. Après avoir fait, dans la journée du 25, une pointe par mer sur Cherchell, il se mit en route le 3 mai par voie de terre, en passant par Milianah, à la tête de la colonne expéditionnaire du Dahra. Leduc de Montpensier l'accompagnait.

Les opérations furent constamment contrariées par un temps affreux. Le maréchal, dans l'Ouarensenis, allait et venait sous des pluies torrentielles, presque sans résultat. Les insurgés, qui le connaissaient de longue date, évitaient avec lui les engagements, tombant de préférence sur sou lieutenant Saint-Arnaud qui opérait séparément et dont la colonne était moins nombreuse. Le maréchal, ne rencontrant jamais le gros de l'ennemi, n'obtenait que des soumissions incomplètes, parfois fictives.

Du 4 au 25 mai, il n'eut guère d'autre affaire que

14 LE MÂRÉCUÂL BL'UËAUD.

Tatlaquc d'arrière-garde d'un chef insurgé, Omar ben Ismaïl, à la date du 13. L'attaque fut repoussée par le colonel Renault, du 6* léger. Le maréchal lança la cavalerie disponible, qui tua une douzaine d'hommes et enleva le nombre, restreint pour les guerres africaines de ce temps, de 300 têtes de bétail. Le 26 mai et le 1" juin la colonne réalisa deux razzias plus importantes.

Tout l'honneur de cette campagne du printemps de 18i5 appartient au colonel Saint-Arnaud, qui agissait de son côté sur la rive droite du Chélif avec quatre bataillons, tandis que le maréchal manœuvrait sur la rive gauche avec onze bataillons. Le colonel Saint- Arnaud, ayant appris qu'un fort rassemblement s'était formé sous la conduite du chérif instigateur de la révolte, s'était porté dans l'ouest de Tenès. Le 21 mai, à la pointe du jour, le lieutenant-colonel Bisson, du 53% mis en mouvement pendant la nuit, enlevait la position très-forte où se trouvaient les insurgés ; 150 Arabes restaient sur le carreau. Dans la même journée, le colonel Saint-Arnaud les atteignit de nouveau et leur tua 200 hommes. Le drapeau du chérif fut pris pendant Faction (1).

(1) Le colonel Saint-Arnaud, dans sa Cot'respondance intime, raconte cette aflaire comme il suit :

OrléanKville, 26 mai 18lj.

Deux brillantes affairt»» : une razzia chez les Beni-Mezroug dans la nuit du 2i) au 21, où j'at tué plus de l.V) Kabyles, pris 3,000 tintes do liétail ; le m'*me jour, à trois hi^ures du soir, j'ai été attaqué par plus de 1,200 Kabyles commandés par/e« trois rht'rifs en personne avec lours qtiatre drapeaux. Par un mouvement tournant de cavalerie, j'ai enveloppé Tennemi et Tai rejeta dans un ravin où l'attendait le 53*. C'était une véritable petite bataille. Nous avons manœuvré avec autant de sangfh>id qu'au Champ de Mars. L'ennemi a laissé plus de 200 cadavres ; je n'ai ea que 7 blessés. J'ai pris an drapeau et beaucoup de fusils.

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