CHAPITRE IV
Si vous vouliez tout régulariser à la ms^nière française^ vous vous jetteriez dans un dédale de difficultés et dans d*énormes dépenses, car il vous faudrait créer de nombreux agents qui dévoreraient le faible impôt. C'est encore là une occasion de dire que quelquefois le mieux est Tcnnemi du bien
Mais c'est la politique surtout qui s*oppose àce que Tassietle et la perception de Timpôt ai^abe soient renfermées dans dos règles immuables, commes elles le sont en France. Il est une > multitude de circonstances et de faits qui exigent des modifications faites à propos. Ainsi, par exemple, ôtes-vous menacé d*une invasion d*Abdel-Kader dans une contrée qui est déjà fortement travaillée par ses émissaires? Ce n*est pas le cas d*ètre rigoureux et d'augmenter Timpôt, lors même qu'on aurait reconnu par des renseignements statistiques qu'il était susceptible d'augmentation.; c'est ce que nous avons pratiqué plusieurs fois pendant la dernière crise.
D^autres tribus nous étant restées très fidèles et ayant* éprouvé des malheurs par suite de leur fidélité, nous avons dû leur demander moins, pour les indemniser un peu de leurs pertes et pour les récompenser de leur dévouement à notre cause.
Si l'on arrêtait d'une manière immuable des rôles pour rarinéé, ces tempéraments ne pourraient pas être observés.
Il y a un principe, en impôt arabe, très opposé à ce que nous pratiquons en France, et qui me parait beaucoup plus équitable. Je crois que ce principe est consacré par le Coran ; le voici : on ne peut percevoir l'impôt qu'en raison de ce qui a été produit. Il faut donc prendre en considération la sécheresse, le brouillard, les pluies trop prolongées au printemps,
les sauterelles, etc.,etc Ces fléaux se produisent à diverses
époques; il faut donc que les bureaux arabes aient la lati-
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tude de modifier l'impôt, suivant ces diverses circonstances ; tandis qu'en France, au contraire, votre impôt est immuable, qu'il y ait récolte ou qu'il n'y en ait pas.
Par toutes ces considérations, et d'autres que je ne puis citer dans une lettre écrite rapidement, vous voyez, monsieur le ministre, qu'il est très difficile d'assimiler l'impôt arabe à l'impôt français.
Qoant au mode de perception, il me paraîtrait difficile de le changer; je dis môme que ce serait un malheur que de le * faire. Car cela nous coûterait beaucoup plus et donnerait lieu à de fréquents assassinats des percepteurs.
La sous-répartition de l'impôt me parait aussi devoir rester ce qu'elle est; elle se fait par les Djemâa (assemblée des notables) de chaque tribu, sous une certaine surveillance du A Bureau arabe, qui saisit les occasions de s'informer s'il y a des plaintes sur cette répartition. Il arrive même quelquefois qu'un officier du Bureau arabe assiste k cette opération, mais vou$ comprendrez qu'il serait bien impossible que ces officiers très peu nombreux puissent présider toutes ses assemblées, multipliées sur de grandes surfaces. Il en résulterait des courses continuelles avec de petites escortes qui fatigueraient la cavalerie et donneraient lieu à des accidents, lorsque les révoltes viendraient à éclater quand ces officiers seraient en tournée. La prudence militaire et politique veut qu'on ne visite les Arabes qu'avec une force assez respectable. C'est dans ces visites ainsi faites qu'on fait payer les impôts arriérés, que l'on arrête les malfaiteurs, que Ton redresse les injustices des chefs arabes, que l'on obtient raison des griefs qu'on peut avoir contre la tribu ; et c'estcomme cela, enfin, qu'on apprend peu à peu à connaître le pays et sa force contributive. Mais vouloir soumettre dès à présent toute l'Algérie à la règle financière de la France, c'est une impossibilité et une imprudence»