CHAPITRE IV
Je vous prie aussi de remarquer et de faire remarquer que les commandants militaires ont mis un très grand zèle à faire grandir cet impôt. Je Tai trouvé à moins de 500,000 francs en 1841; il doit être aujourd'hui d*au moins 5 millions, et nous Tavons grossi en 1846 par des contributions de guerre considérables. Nous ferons mieux encore au fur et à mesure que s*en présentera la possibilité, tout en conservant les ménagements politiques qui doivent être notre première règle; cela passe avant la régularité des formes.
Signé : Maréchal duc d'Isly.
La nouvelle d'une grave inondation de THarrach ramena le gouverneur général à Alger, dans le courant de novembre. II semblait que sa seule présence dût contenir les éléments, comme les Arabes; à peine, en effet, s'embarquait-il pour la France que les désastres ou les calamités fondaient sur notre colonie.
Une commission législative, composée de députés centre gauche, parmi lesquels MM. de Tocqueville, de Lavergne, Plichon et Béchamel, venait d'arriver à Alger. Le gouverneur s'empressa de visiter avec elle les points principaux de la province d'Alger : Blidah, Médéah, Milianah, Orléansville (1).
(1) Le colonel de Saint- Arnaud écrivait d'OrléansTÎlle, le 29 novembre 1846 : « Voilà cinq jours que mon esprit, mes jambes et mes chevaux ne débrident pas. Le corps est moins fatigué que l'esprit ; mais tenir tête à un maréchal qui aime à parler, à quatre députés et deux journalistes qui interrogent sans cesse ab hoc et àb hac, c*est trop, je suis rendu. Or donc, je suis parti, mardi 25, pour aller chercher le maréchal à VOued Fodda avec un escadron. Nous nous sommes rejoints dans la journée et nous avons diné et bivouaqué ensemble... Il avait avec lui MM. de Tocqueville, de Lavergne, Béchamel et Plichon, députés ; de Broë et de Bussières, gens de lettres {Débats et Revue des Deux-Mondes), M. de Tocqueville posait pour
140 LE marè<:hal bi'gkaud.
Le maréchal rculrail à Alger le 5 décembre. Chacune (le SCS excursions, chacune de ses tournées lui permellail d'étudier les besoins de ses sujets ol de travailler à leur bien-être. Sans cesse, il réclamait à Paris de nouveaux subsides, et lorsque son fidèle auxiliaire, son lieutenant aimé, le duc dWumale, se trouvait en France, c'était lui que le Tieux maréchal chargeait do plaider la cause de leur chère Algérie. La lettre suivante du jeune prince montre de quelle façon ces deux hommes senaient leur pays :
S, A. //. ie duc d'Aumale au mœ^vhal Bugeaud,
Paris, ce 31 décembre 184C.
Mon cher maréchal.
Aussitôt que j*ai reçu votre lettre du 25 décembre, je me suis empressé do la mettre sous les yeux du Roi; je Tai accompagnée d'une note où j'insistais sur rimportancc des routes et des communications qne vous indiquez et sur les inconvénients de leur mauvaise viabilité. Le Roi, dont vous connaissez toute la sollicitude pour les intérêts de TAIgérie, parut vivement frappé et de ce que vous m*écriviez et de ce que je lui disais. 11 a emporté votre lettre et ma note au Conseil; et, bien que le budget de 1848 y eût déjà été discuté, cette question a été de nouveau examinée. Mais le Conseil a jugé que Tétat de nos finances ne permettait pas de dema nder up ? allocation égale h celle que vous indiquiez ; et il a décidé
l'observation in<*iho(lique, profonde et raisonnée... Nous aTOni eu trois repas homériques (le dix-huit couverts chacun, réception et entré« royale à Orléansville, canon, troupes en haie, illuminations, spectacles, etc. •