‹ Le Maréchal Bugeaud: d'après sa correspondance intime et des documents inédits, 1784-1849Chapitre 62 sur 206 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

que le budget de 1848 porterait seulement» par comparaison avec celui de 1847, une augmentation de 500,000 fr. sur le crédit des routes» et une allocation nouvelle de 400,000 fr. pour construction d*aqueducs (1).

Je regrette beaucoup, Monsieur le maréchal, de n'avoir pu obtenir davantage; croyez-bien que si je n'ai pas été meilleur avocat, ce n'est pas la bonne volonté qui m'a manqué. Je vous remercie d'avoir compté sur moi comme un des défenseurs les plus zélés, sinon les plus influents, des véritables intérêts pour TAlgérie. Permettez-moi, à l'occasion de cette nouvelle année, d'unir mes vœux aux vôtres pour le succès de cette grande cause, et recevez aussi mes souhaits pour votre bonheur personnel, ainsi que l'assurance du sincère attachement avec lequel je suis Votre affectionné

H. d'Orléans.

Au moment où le duc d'Aumale adressait celle lettre au maréchal, celui-ci, toujours préoccupé de la question de la colonisation militaire, écrivait au Roi :

Ze maréchal Bugeaud à Sa Majesté le Roi Louis-Philippe.

Alger, le 30 décembre 18 i6.

Sire,

Lorsque, au mois de septembre dernier, j'eus Thonneur insigne d'entretenir Votre Majesté de l'importance de la co-

^ (1) A cette époque de fonctionnement loyal du gouvernement parlementaire, un fils de roi, un roi lui-même, avaient scrupule à engager une dépense de quelques centaines de mille francs dont la nécessité n^était pas douteuse. On était loin de la désinvolture avec laquelle, sans souci des voies et moyens, les centaines de millions pour l'instruction primaire et les milliards de travaux publics sont acclamés p:ir les Chambres républicaines de Tan 1882.

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Ionisation mililaire pour la consolidation de notre conquête, vous parûtes partager mon opinion, comme vous Taviez déjà fait Tannée précédente, dans un Conseil où je fus appelé. Votre Majesté m'engagea à en parler à M. Guizot, pour lâcher d'obtenir de ce ministre, avant mon départ, un engagement formel de poser la question devant les Chambres, dès Touverture de la prochaine session, par la demande d*un crédit dressai. Cet engagement a été pris par M. Guizot en ce qui le concerne, car il ne pouvait s^engager pour ses collègues. J'étais donc autorisé à compter sur le succès, puisque j'avais lassentimentdu Roi et d'un ministre qui exerce, ajuste titre, une haute influence dans le Conseil. Cependant on m'apprend qu'après une haute délibération, la question a été ajournée. Est-ce une fin de non-recevoir? Votre Majesté voudra bien se rappeler les paroles que j'eus l'honneur de lui adresser lorsqu'elle insistait pour mon retour en Afrique ; ces paroles, les voici : c< Sire, j'obéis ; mais je supplie Votre Majesté de faire que j'aie quelque chose de grand, de décisif à exécuter en colonisation. Après avoir fait les grandes choses qui ont résolu les deux premières questions, la conquête du pays et l'organisation du gouvernement des Arabes, je ne voudrais pas m'user dans les misères d'un repeuplement impuissant qui, ne pouvant satisfaire en aucun point les impatiences publiques, me ferait chaque jour assaillir par des critiques et même des outrages. » Je viens d'adresser à M. Guizot un mémoire sur la colonisation en général. Je supplie Votre Majesté de vouloir bien en agréer une copie. Si ce travail ne me rallie pas la majorité du Conseil, il ne me restera plus qu'à faire des vœux pour qu'on trouve de meilleurs moyens d'assurer l'avenir de l'Algérie. Je suis, etc.

Maréchal duc d'Isly.

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L'année 1847 devait être pour TAlgérie une année décisive. Cette année vit s'accomplir, presque en entier, la grande œuvre de conquête et de pacification entreprise par le maréchal Bugeaud. Mais plus d'un combat fut encore nécessaire pour assurer ce résultat, depuis si longtemps attendu (1).

Tandis que le général de Lamoricière, nouvellement élu député, quittait Oran pour venir siéger à la Chambre sur les bancs de l'opposition, le maréchal, accompagné du colonel Rivet et de son gendre, le commandant Feray, s'embarquait pour aller visiter le nouveau poste d'Aumale. Bien que le duc d'Aumale fût alors en France, Bugeaud, selon son habitude, le tenait exactement au courant des faits qui se passaient en Algérie, et entretenait avec celui qu'il considérait comme son successeur une active correspondance. Les lettres adressées au prince par le gouverneur nous manquent ; en revanche, voici une réponse du duc d'Aumale qui présente un haut intérêt :

(1) Un engagement meurtrier eut lieu le 10 janvier entre le général Herbillon et les Ouled-Djellal, que Bou-Maza venait de visiter. Un village fortifié fut enlevé par nos soldats. D!un autre côté, le général Marey-Monge, qui commandait à Médéah, tombait sur les Ouled-Nall, qui, eux aussi après Abdel-Kader, avaient reçu Bou-Maza et lui avaient fourni des secours en hommes et en vivres. Quelques jours après, Bou-Maza lui-même allait être poursuivi entre Tiaret et la forêt de pins et de cèdres gigantesques de Teniet-el-Hâd. L'escorte du chef fut mise en déroute et son trésor enlevé.

S. A, R, le duc (TAumale au maréchal Bugeaud.

Paris, le 23 mars 1S47.

Mon cher maréchal,

Il y a déjà plusieurs jours que je vous aurais remercié de la bonne cl cordiale lettre où vous me donnez de si curieux détails sur la ville à laquelle on a attaché mon nom, tout indigne que j*en étais. Mais M. Guizot m*annonça votre très prochaine arrivée à Paris, et je nie préparais, avec grande satisfaction, à vous répondre de vive voix, quand j*appris que vous étiez retenu à Alger par une indisposition. Aujourd'hui, quelque souhait que je forme pour votre prompte guérison et votre prochaine arrivée, je ne sais à quelle époque j'aurai le plaisir de vous voir ; je ne veux donc pas prolonger mon silence, bien que j'ignore où et quand cette lettre pourra vous rencontrer?

Vous ne doutiez pas du plaisir qu'ont éprouvé tous les véritables amis de TAlgérie (et je prétends être du nombre) en apprenant les événements importants qui se déroulent dans la Kabylie. Les soumissions que vousôtes allé recevoir à Aumale, celles qui se présentent simultanément à Bougie, à Sétif et à Philippeville sont des symptômes d*une haute gravité et un bien bon argument pour ceux qui ne croient pas que la Kabylie puisse ôlre, [à volonté, rayée de la carie dWlgérie. Vous savezquej*ai toujours fidèlement soutenu le principe de la domination entière, sans restriction et avec toutes ses conséquences.

Du reste, votre présence à Paris ne peut qu'éclairer celle grave question. Il sera aussi bien utile que vous puissiez prêter l'appui de votre parole et de votre expérience au projet de colonisation présenté par le Ciouvernement; il rencontre

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