CHAPITRE IV
Le maréchal Bugeaud à M. Gardère,
Alger, 6 mars 1847.
Mon cher Gardère,
J*ai reçu dans le Djebel Dira votre lettre du âl février. Je me mettais en route pour Alger, où je suis arrivé avec un gros rhume enté sur un autre, par suite de la pluie et de la neige que j'ai eus presque constamment sur le corps pendant ce voyage, lequel avait pour objet de régler une foule de choses pour la création de la ville d*Aumale.
Je me suis mis au lit en arrivant, et c*est de là que je vous réponds. Il est probable, cher ami, que, si ma santé le permet, je serai à Paris du âO au 25 mars. Le ministère me presse de m'y rendre; j'avoue que cela me contrarie, parce que je suis en bonne voie pour recueillir les fruits de ce détestable système de guetTe^ qui a été si justement attaqué pendant la campagne dernière.
Vous aurez sans doute vu dans les journaux tout au moins un extrait de mon rapport du i^' mars, par lequel j'annonce que Ben-Salem et tous les chefs importants de l'ouest du Djurjura sont venus à moi, et que j'ai organisé dans la grande Kabylie deux grands gouvernements sous le nom de Bach- Aghaliks.
Vous aurez vu aussi les rapports sur ce que les colonne» de Médéah et de Gonstantine ont fait au loin dans le Petit Désert contre les tribus qui avaient eu l'imprudence d'épou* ser la cause du grand agitateur Bou-Maza. Malgré leur éloignemenl, malgré l'extrême dureté de la saison, elles ont été atteintes plusieurs fois, et la plupart ont déjà capitulé. N'est-ce pas là une autre preuve de l'impuissance de notre système de guerre, et n'était-on pas beaucoup plus habile quand
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on se traînait péniblement et en grosse masse entre Alger, Médéah et Milianah, en recevant des millions de coups de fusil en allant et on revenant?
Ma femme vous fait ses compliments affectueux ainsi qu*à madame. Adieu, cher ami, mille amitiés.
Maréchal duc d^Isly.
Trois jours après avoir écrit cette lettre à Gardère, le maréchal recevait de Paris l'exposé des motifs du projet de loi sur la colonisation de FAlgérie. H y voyait le pronostic de Téchec du système qu'il avait proposé et qui rencontrait tant d'opposition à Paris.
Le maréchal Bugeaud à Monsieur Guizoi.
Alger, la 9 mars 1847.
Je viens de me faire lire Texposc des motifs ; si je ne comptais que sur cet expose, le projet me paraîtrait bien malade. Je n'ai rien vu de plus pâle, de plus timide, de plus incolore que ce discours du ministre de la Guerre; on y a mêlé l'historiquc incomplet de la colonisation, le système du général I^moricièrc(i), celui du général Bedeau, enfin le mien arrive
\l; u Dans lo Rystème du général de Lamoricière, dit M.Léon Plée, pnbliciste libéral et même républicain, il fallait faire plus que coloniser, il fallait civiliser. Pour civiliser, il était nécessaire de faire appel au grand insimment de la civilisation moderne; il fallait invoquer et appliquer la puîs- ^nncc du capital. La grande spéculation devait être conviée à 8*emparer des terres disponibles de l'Algérie. Nul doute que si le Gouvernement lui nssurait un minimum d'intérêt, elle ne se pressât bientôt pour obtenir des concossions. Ces concessions, pour les faire valoir, la ■péeulation appellerait nécessairement des bras, de* bras vigoureux à la lui te desquels vien<h'aient tous les arts et toutes les industries de TEurope. La civilisation se développerait rapide, entraînante, pleine de rayons. Les Arabes viendraient forcément à elle, tandis qu'ils traiteraient toigonrt tn Muiemie