‹ Le Maréchal Bugeaud: d'après sa correspondance intime et des documents inédits, 1784-1849Chapitre 66 sur 206 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

à ma raison pratique, et partant, à mon patriotisme. L*état de ma santé ne me permet pas de me rendre à Paris, comme j'en avais le projet ; je fais des remèdes qui» exigent que je sois chez moi tranquille ; puis, je dois aller aux eaux. Toutefois ma forte constitution me donne Tespoir de me rétablir dans le courant de Tannée.

La prise de Bou-Maza, survenue dans le courant d'avril, mil fin à ces poursuites interminables. Le prisonnier du colonel Saint-Arnaud fut envoyé en France, où il excita une curiosité el même une sorte d'enthousiasme dont le héros était fort indigne (1).

(1) u Bou-Maza est entre mes mains, >» écrit d'Orléansville, le 13 avril, le colonel de Saint- Arnaud . «Il est ici depuis deux heures. C'est un beau et fier jeune homme ! Nous nous sommes regardés dans le blanc des yeux. J*ai tout de suite annoncé cette bonne nouvelle au maréchal, qui sera hibn heureux. J'attends ses ordres pour faire partir Bou-Maza par terre ou par mer. Tu comprends que je le garde bieu. J'ai ses pistolets que je te donnerai, et son chapelet pour ma sœur. Voilà une bonne journée, frère ; je n'ai pas le temps d'en écrire plus long aujourd'hui. »

« Me voilà un peu sorti du tourbillon, « ajoute-t-il le 17 avril 1847, » oii je vis depuis trois jours. Bou-Maza est parti ce matin pour Tenès sous bonne escorte, et, d'après les ordres du maréchal, il s'y embarquera pour Alger. Je Tai fait accompagner par le capitaine Richard, mon directeur des affaires arabes, et par mon officier d'ordonnance de Roman, qui est en outre chargé de mes dépêches pour le maréchal. Bou-Maza n'est pas un homme ordinaire. H y a en lui une audace indomptable jointe à beaucoup d'iotelligence, dans un cadre d'exaltation et de fanatisme. Il se croyait appelé à de grandes choses, et comment ne l'aurait-il pas cru ? Il avait été élevé et mis en avant par la puissante secte des Muley-Abdel-Kader, dont il fait partie. Il est originaire de la famille des Dnss du Maroc. L'empereur du Maroc lui-même correspondait avec lui, l'aidait de son or, de sa poudre, l'encourageait à la guerre sainte. Tous nos chefs, presque sans exception, Sidi-Lâribi en tête, lui fournissaient des hommes, de l'argent, de la poudre. Ce serait triste si les révélations d'un conseil de guerre venaient à mettre à nu ces plaies de notre histoire africaine. Les dernières tentatives faites par Bou-Maza l'ont dégoûté et désillusionné ! Partout il nous a trouvés en garde, partout il a rencontré mes camps, mes émissaires. Enfin il arrive chez un de ses affidés, le caïd des Ouled-Djounès, nommé

153 LE MABÉjlBAL BUiJEL%CD.

O' fut alors que. décidé à quitter TAfriquo. Bug«*aiid (*ui le l»'*<;itiin*.' or^nieil de tt-nniner sa brillante corritre par la soumissiou complète de la kabylîe. La fraude iusurrecliou dr 1845-1846 avait révélé tous les dangers que préseulait une enclave indépendante à quin/t* ligues df la capitale.

Le 6 mai, une forte colonne, sous le commandement du <;énérnl Bedtau, quitta Al^er et prit la nouvel!»' roule stralé^'ique d'Aumale, que nos soldats ve*

K]-Haceni. qui, ^'ïï fùl été $eul. se serait prosterné devant Ini. mais il y trouve quatre de lutr^ mokrazani. C'a été le drmier coap. U a tout de suite prin s.'t dé tcrnki nation et a dit : • Menez -moi ù OrlëansTiUe, an colonel de Saint- Arnriuil lui-même '■. ajoutant que c'était a moi qu'il Toolait se rendre p.'trce que c'était contre moi qu'il s'était le plus battu. Les autres ont obéi ; ils tremblaient encore devant Bou-Maza, qui a gardé »eê armes et ne les a <ié[>o<:ées que chez moi. sur mon ordre... deux pistolets chargés de huit h.'illes. E!n amenant Bou-Maza. m*^ quatre mokrazani étaient effrayés de leur auilace. D'un si^'ne. Bou-Maza les aurait fait fuir. L'influence de cet liomme sur I^s Arabes est inconcevable. Bou-Maz:i était las de la guerre et «le la vie aventureuse qu'il menait. 11 a compris que son temps était fiasse et (|u'il ne pouvait plus M>u)ever des populations fatiguées de lui et domptées par nous. T'est un événement remaniualile. et il me tarde de savoir comment le maréchal l'aura pris. Les soumissions de Beiv-Salem et de Bou-Maza sont de ^'rands pas pour la pacification de TAlgérie.

J'ai dcmnmlé plufieurs grades ou ilécnrations pour ma subdivision ; c'est peu pour ce que vaut Bou-Maza. Je demaude un régiment pour Canrobert, et un pour Répou, un bataillon |H)ur Richard et un escadron pour Fleunr et des croix pour d'auti'cs ofticiera. •

Amené en France. Bi^u-Mnz.n fut interné, à Paris, oii on l'insLilla dans un riche appartement aux Ciianip^-Klxsèes. près de l'hôtel de la princesse Belgiojo<(0. Il reçut du Gouvernement une pension de 15,000 francs et ne ta nia pas à devenir tout à fait a la morle. Il aurait été pourvu du commandément d'im corps indigène en Afrique, sans les actes de cruauté qui avaient marqué sa carrière militaire. Après s'être enfui de Paris, pendant la nuit «lu 'l'A février ]8i8 et avoir été arrêté à Brest, il fut enfermé au fort (le Ham et remis en liberté, le 22 juillet 1849, par le prince Louis-Napoleon, qui lui rendit même sa pension. En 1854, il quitta deAnitivem^nt la France, commanda un cor|)s de bachi-bouzouks dans la campagne d'Anatolie. l\ reçut, au mois d'août 1855, le grade de colonel dans l'armée ottomane et mourut quelque temps après.

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