‹ Le Maréchal Bugeaud: d'après sa correspondance intime et des documents inédits, 1784-1849Chapitre 67 sur 206 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

oaient de créer. Après avoir rallié la garnison mobile d'Aumale, ce qui portait son effectif à 8,000 hommes, la colonne campait le 15 à Sidi-Moussa, au bord de la Soummam. Sur la rive opposée s'élevait en amphithéâtre le pays riche, mais d'un accès si difficile des Beni-Abbès. Leurs villages, nombreux et rapprochés, se commandant et se flanquant l'un l'autre, garnissent une série de pitons ardus. Le plus inaccessible et en même temps le plus considérable est Azroff; que couronne un plateau dénudé sur le faîte du chaînon. Le 16, à la pointe du jour, l'attaque commença. La position d'Azrou, réputée inexpugnable, fut emportée, les maisons brûlées, et les tours qui dominaient le pays s'écroulèrent sous les coups de notre artillerie (1).

(1) Nous trouTODS dans Touvrage de M. de Ponroy le récit pittoresque et saisifisant de cette dernière campagne : u Cependant les Kabyles se soumettaient de toutes parts. Ben-Salem, Ben-Omar et Mokrani étaient venus à Alger chercher Tinvestiture et conduire le cheval de Ghadâ, signe de soumission. Il n'y avait plus que les montagnes du Djurjura, de Sëtif à Bougie, qui échappassent à notre domination. Le moment était venu de terminer enfin la guerre par un dernier coup de main tenté sur le dernier rempart des tribus insoumises. Le gouvernement pensait, tergiversait, temporisait. Le maréchal faisait ses apprêts de départ, sachant bien que les pouvoirs qui hésitent à dire oui hésitent aussi à dire non. D'ailleurs son plan de campagne était conçu et la victoire décidée.

«Deux colonnes devaient partir ensemble. Tune d'Alger, l'autre de Sétif, et se rejoindre en parcourant la grande Kabylie, dans les défilés du Djurjura, aux gorges de Fellayc. Le 6 mai 1847, la population d'Alger put voir sous les rayons du soleil d'Afrique, une colonne de huit mille soldats qui partaient pleins d'enthousiasme, précédés par leur vieux maréchal dont la seule présence intimidait les Arabes. Le même jour, ils passaient le gué de Constantine sur THarrach, et six jours plus tard ils campèrent à Hamza, — Le 8, les sept raille hommes du général Bedeau partirent de Sétif, et quatre jours plus tard vinreni camper à Bou-Selam.

« Ben-Salem, Mokrani, Mahi-ed-Din, nos récents alliés, marchaient avec notre armée. Le 15, le maréchal forma son camp sur la rive gauche de la Soummam. Sur la rive droite se déployait le riche et montagneux terri-

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Le lendemain, tous les chefs des Beni-Abbès descendaient des montagnes et étaient réunis dans la

toire <l«s BeDi-AM>è<. \t-^ plus insoumis ei les plus ardeots des Kahvles. C'était ce p .>>'•« qu>> nous l'i.'Dnaissons déjà : dVnormes rochers fl&nquèt de vjl]a^'e« et de coteaux riants: des pieu inaccessibles, des sentiert.de chèvres |ienlu$ au-des<u> des a>iiine«: un ciel san« cesse orageux et des rivières iorrt»ntueu5e«.

«-. Sur le flnnc escarpé de la montagne, on apercevait de loin le fameux villa^^e d'Azrnu, fortirïf comme une citadelle et défendu j>ar deux énormes tours crénelées que Mokrani ap[»elait les Ccmei du Tnurtou, C'était là le point culq^nant, U tête du pays kabyle, et dej:i de cet hauteurs éclatait contre nos soldats une fusillade bien nourrie.

« Cette affaire devait être, helas! le dernier grand combat du maréchal : au>si fut-il digne en tous points d'Isly et de la SikhemL

«> Le ir» au soir le maréchal alla lui-même visiter le» avant-|»o»tes. A minuit, ils furent vaillamment attaqués et plus vaillamment défendus. An ]K»int du jour, la colonne a\*ait passé le gué de la Soummam. Trois batail" Ions restent à la ganle du camp: l'infanterie, sans sacs, se masse aupved de la nionta<rne.

o (''est alors ()ue commence l'un des plus magnifiques assauts de tonte notre guerre africaine. En dehors des tours et comme leur faisant un rempai*t de leurs corps, les Kabyles faisaient pleuvoir sur les assaillants le feu de leurs carabines et des quartiers de granit. Les zouaves s'élancent à la Itaionnette. Huit bataillons de ligne débordent sur les flancs de la montagne et pn>tègent de leur feu la rapide ascension des zouaves. Les uns roulent, frappés de mort, jusqu'au pied de la montagne: d'autres s*attachent aux granits et aux broussailles: mais les autres montent... pendant que Tarmée kabyle descend du haut tles crêtes en poussant d'etTroyables clameurs.

«« Alors le maréchal fait lancer sur cette masse confuse des fusées qui y jettent le plus profond désordre. Les contingents plient et se débandent. Les zouavos marchent, les tirailleurs se resserrent... quatre villages sont emportés. Nosturcos courent à travei*s les blés, se répandent dans les mes dos villages, escaladent les rochers et se jettent à la poursuite des montagnards qui s'élancent du côté des plus hautes cimes.

« Le combat durait depuis trois heures, par un' soleil de 45 degrés, dans des lieux inaccessibles oii l'on ne {louvait faire un pas sans escalader ot gravir. Cependant le village sacré tenait encore, bien que le maréchal s'apprêtdt à concentrer sur ce ]>oint un irrésistible efTort. Il court lui-m^me à la tête de ses hommes, lance le 8' bataillon de chasseurs de Vîncennes à ce périlleux abordage déjà tourné par le .V léger, pendant que l'artillerM foudroyait les Cornes du Taureau^ dont le front volait en éclats.

« Un quart d'heure de carnage et de pêle-mêle, une chasse de vingt minutes, et tout était terminé.

•> La Grande Kabylie était à jamais domptée, et cette importante victoire

tente dugoaveriK^ar. qnî leur dictait les coiutitioDS de l*ainan. — Ainsi fut accomplie en quelques jours la soumission de tout ce territoire montagneux compris dans le grand triaiçle formé par Hamza, Sétif et Bougie. Cette contrée était habitée par cinquante-cinq Iribus, ayant 33.260 fusils. La grande ^-allée du Sebaou et tout le revers nord du Djurjura jusqu'à la mer possédait alors une population encore plus considérable. On é^-aluait à plus de 40,0(X1 les guerriers de ce pays. Toute cette partie ayant reconnu Fautorité de la France, il en résultait qu'au total, on avait établi notre domination plus ou moins directe sur des montagnes qui contenaient plus de 70,000 hommes armés. Tel fut le dernier acte du maréchal gouverneur général Bugeand. le <« maître de la fortune »>, ainsi que le désignaient dans leur fanatisme oriental les Arabes de la plaine et les Rabyles montagnards.

Au sujet de cette campagne, nous ne saurions négliger de rapporter un fait important et bien caracléristique que nous tenons d'un témoin oculaire.

« Nul ne redoutait moins que lui les responsabilités, » nous disait, un jour, Tamiral Fourichon, on parlant du maréchal Bugeaud. Au moment où la dépêche télégraphique contenant Tordre du jour Dufaure-Tocqueville et lui interdisant d'entrer en Kabylie parvint à Alger, le maréchal sortait du palais pour se

devait précéder de hien peu la soumission du. littoral alf^érien tout entier.

* Pendant ce temps) le général Bedeau avait battu les Rehoulaet les Beni- Brahim. Les deux colonnes se réjoignirent le 24.

<« Le maréchal Bugeaud venait de terminer sa grande épopée guerriers, et rVstavec un art admirable que le destin lui en préparait la mise en scène. »

mellre en roule. Ses chevaux élaienl devant la porte.

Il ouvrit le pli, et, sans prendre la peine de remonter

dans son cabinet, il s'arrêla au bureau des officiers

d'ordonnance. Là, sans hésiter, sans réfléchir un seul

instant , il saisit une plume et écrivit au minisire la

dépêche suivante qu'il fit expédie? sur-le-champ :

• Je reçois votre dépèche. Il est trop tard. Mes troupes de

Constantine sont en marche depuis 48 heures. Les miennes sont déjà parties et je vais les rejoindre. Si nous avons le succès, le Gouvernement et la France en auront Thonneur. Dans le cas contraire, la responsabilité tout entière retombera sur moi; je la réclame.

Ceci fait, le maréchal monta à cheval et causa avec sa gaieté, sa bonne humeur, son esprit habituel. Lorsqu'une décision grave était arrêtée dans son esprit, et lorsque ses ordres avaient été donnés pour l'exécution, il en attendait le résultat avec une tranquillité, une sérénité singulières. Rien ne pouvait l'émouvoir alors, et, dans les circonstances les plus graves de sa vie, il ne se départit jamais de ce calme, de cette possession de lui-même.

Voici deux lettres écrites pendant cette dernière campagne, l'une à la maréchale, l'autre à M. Gardère :

Le maréchal Bugeaud à la duchesse d'Isly.

Rivière de Bougie, 11 lieues de cette ville, le 18 mai au soir.

Chère amie, je t'écris quatre lignes, parce que je suis très occupé et qu*il fait une chaleur accablante.

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