‹ Le Maréchal Bugeaud: d'après sa correspondance intime et des documents inédits, 1784-1849Chapitre 69 sur 206 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

les armes. Partout elle aide les colons de ses bras, de sa protection et de son budget.

Les causés de la crise financière et industrielle qui afflige particulièrement Alger et sa banlieue ne sont ni militaires ni politiques; car nous n'avons jamais été aussi puissants. Notre drapeau est respecté partout, et la sécurité, dans le présent du moins, dépasse nos espérances. Ces causes sont uniquement dues à des spéculations exagérées et irréfléchies. Un tel état de choses ne peut durer, puisqu'il n'y a dans la situation générale aucun mal sérieux, profond. Quelques individus peuvent être victimes des entreprises folles, mais bientôt l'équilibre se rétablira, et, les affaires reprenant leur état naturel, vous rentrerez dans le progrès mesuré.

Ma santé et la situation qui m'est faite par l'opposition qu'éprouvent mes idées ne me permettent plus de me charger de vos destinées. J'ai prié le Roi de me donner un successeur et je vais en France attendre sa décision. Mais, soyez-en sûrs, je resterai profondément attaché à l'œuvre pour laquelle, plus de six ans, j'avais consacré toutes les forces du corps et de l'esprit. Je plaiderai vos intérêts près du Gouvernement et de la Chambre des députés. Pour le faire avec quelque avantage, je suivrai toujours avec la plus vive attention toutes les phases de votre carrière. Vous n'aurez pas un avocat plus chaleureux et plus dévoué que moi!

Par ce dévouement, par les services que je vous ai rendus et que vous reconnaissez, par l'expérience que j'ai de vo» affaires^ n'ai-jc pas acquis le droit, en vous quittant, en vous faisant un adieu, de vous donner quelques avis?

Votre impatience, naturelle sans doute, mais peu réfléchie, vous fait sans cesse et en toute chose devancer la marche du temps. Vous voudriez voir tout improviser à la fois ; comme si on fondait en quelques années sur un sol nu un pays à

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rimagc de la France ! C/csl rœiivre des siècles. Celle impalicncc vous rend souvent injustes envers vos administrateurs. Vous vous en prenez toujours aux gouvernants de ce qui ne doit ôtre attribué qu'aux difficultés des choses. Ces dirflcuUés, vous les mesurez rarement; vous considérez peu l*ensemble général de nos nécessités, et vous ne voyez, la plupart du temps, que les intérêts qui vous touchent de plus près.

Devançant encore le temps, les plus ardents d'outre vous et certainement les plus irréfléchis demandent i*as$imilation complète avec la France, c'est-à-dire toutes ses institutions civiles et politiques. Ils les demandent, sans songer h, ce que vous êtes et à la place que vous occupez sur la carie du pays. Vous n'êtes que la quarantième partie de la popiition que nous devons établir pour utiliser la conquête et dominer les Arabes, qui sont quarante fois plus nombreux que vous, et le territoire que vous occupez est à peine la centième partie de la surface conquise.

Ces manifestations, soyez-en sûrs, ne sont pas sans danger comme on pourrait le croire. Elles détournent les esprits des questions fondamentales de votre avenir, elles faussent l*opinion du pays et des Chambres; elles créent des embarras au Gouvernement. En disant s<ins cesse que ce remède aux maux que vous éprouvez, aux obstacles que vous rencontrez est dans l'octroi des institutions civiles ot politiques de la France, n'est-ce pas dire en même temps qu'en vous donnant cela, on n'a pas besoin de vous accorder autre chose? N'y a-t-il pas des publicistcs qui ont écrit plusieurs fois que pour faire prospérer rAlgoric, il suffirait d'une loi politique en trois articles?

Ah ! si les gens qui se font vos organes comprenaient bien vos besoins, ils n'emploieraient pas le crédit que la population civile doit avoir sur la métropole à demander des choses tellemcut illusoires que, lors même qu'elles vous seraient accordées,

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