‹ Le Maréchal Bugeaud: d'après sa correspondance intime et des documents inédits, 1784-1849Chapitre 75 sur 206 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

entière confiance, et s'ouvrait avec moi volontiers. Très souvent sévère dans ses jugements, il avait un remarquable sentiment d'équité et appréciait les hommes à leur juste valeur.

« Que de fois Tai-je entendu établir un parallèle entre ses lieutenants en faisant ce geste : il tenait écartés les trois doigts de la main. « Le premier, » disait-il, en prenant le pouce de l'autre main et en le secouant durant la démonstration, « le premier, c'est «. Ghangarnier, méchant caractère, mauvais court cheur, mais rude soldat, le plus fort, le meilleur de « tous mes généraux. Ensuite vient Bedeau. Et en même temps il abaissait le pouce; c'était son index qui représentait le second général. « Celui-là est un « homme de devoir et de conscience, solide et qui ne « bronche pas au feu. Puis enfin, arrive Lamori- « cière, » faisait-il, en touchant le médium : « il est <c vaillant, infatigable, débrouillard, sans cloute, mais « doctrinaire ; il discute sans cesse, ergote, hésite « et n'aime pas les- responsabilités; enfin, c'est mon « numéro trois !

« Nous avons eu souvent maille à partir ensemble, « Ghangarnier et moi, ajoutait le maréchal, mais, « quoi qu'il en soit, si je le chéris médiocrement, je « l'estime très haut; je l'appelle Ghangarnier le mon- « tagnard. 11 est le seul qui aborde la montagne de » front, comme moi, qui l'aime et qui y pénètre, sans « faire des détours. Les autres sont braves sans doute, « mais préfèrent la plaine et multiplient les circuits. »

Le général Ghangarnier n'avait, en effet, le carac-

ITâ LK MARÉCHAL BL'GKAUD.

tère ni facile ni aimable, a Toutefois, ajouta M. le duc dWuniale, lui aussi, le maréchal, était par moments absolu et dur pour ses lieutenants. » « L*iiistc)ire du mulet est léjrendaire : vous la connaissez, n'est-ce pas, messieurs? » dit un jour Bugeaud, — il n'était pas iMioore maréchal, je crois, — aux généraux réunis chez lui. « Le maréchal Suchet, en Espagne, parlait toujours de certain mulet qui, après avoir fait pendant dix ans la guerre et assisté à tous les engagements, n'en savait pas plus qu'au premier jour. »

A celle apostrophe brutale, Changarnier ne put se conlenir el releva le mot du gouverneur général : « Vous nous Irailez comme des bétes, général, mais croyez-vous donc que nous ayons attendu votre arrivée pour apprendre la gueire el savoir notre métier! » (les discussions orageuses finissaient toujours par s'apaiser, el je fus plus d'une fois employé à raccommoder ces deux braves, ces deux grands soldats.

« Le maréchal Bugeaud, continua le duc d'.\umale, était non seulement un vaillant soldat, mais un merveiJItMix tacticien. Il aimait à raconter ses campagnes, à expli(iuer, à raisonner ses plans d'attaque. C*est ainsi que la conversation revenait sans cesse aux guerres d'Kspagne. Il était méridional, contait bien, avec feu el se répétait rarement. Un des faits militaires qu*il préférait, la combinaison dont il était le plus lier, nirMne avant Isly, c'était ce qn*il appelait sa balaillt» sous Milinnah. »

Les détails que voulut bien me donner M. le duc d'Aumale sur le maréchal de Saint-Arnaud coucernaiil

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